Vous revenez sur le petit mensonge de Laurent Wauquiez concernant son amitié avec Sœur Emmanuel

Oui, parce qu’au-delà de l’aspect comique, que Charline Vanhonecker a saisi hier, me coiffant au poteau de l’analyse, il y là de quoi s’interroger sur le statut de la vérité en politique. Rappelons les faits : Laurent Wauquiez se vante d’une amitié avec sœur Emmanuelle qu’il aurait rencontrée une dizaine de fois, alors que l’entourage de la religieuse affirme qu’il ne l’a vue qu’une fois, bref qu’il n’était, en aucun cas l’un de ses proches. Ne nous indignons pas, c’est un mensonge véniel, mais qui souligne la surprenante incompréhension (de la part de Laurent Wauquiez) de l’époque dans laquelle il évolue. Le mensonge en politique est, certes, une 2nde nature, surtout quand il s’agit de s’auto- portraitiser, avec les livres que l’on n’écrit pas soi-même, les autres que l’on dit relire alors qu’on ne les a pas lus, les fautes de jeunesse que l’on efface… la proximité avec les grands de ce monde ou les héros populaires est un classique du genre. François Mitterrand a pu cacher pendant 40 ans (c’était un mensonge d’une toute autre gravité) sa francisque, reçue, des mains du maréchal Pétain. 

Aujourd’hui, ce mensonge ne serait plus possible ?

Non, ni même les petits mensonges comme celui de Laurent Wauquiez ! Internet rend désormais l’archive politique inépuisable, immédiate et invasive. Ça peut paraître étonnant mais les politiques d’aujourd’hui mentent beaucoup moins que leurs aînés. La numérisation, les réseaux sociaux leur impose une sorte de tyrannie (plutôt positive) de la cohérence. J’avais couvert la campagne présidentielle de Jacques Chirac en  1995. Il pouvait dire (ce qui serait inconcevable aujourd’hui) dans la même journée, blanc à Béziers, noir à Sochaux et enfin,  gris le soir à la télévision. Et nous ne trouvions pas ça illogique. On ne tenait pas le même discours devant des agriculteurs et devant des ouvriers de l’industrie automobile ! Vérifier les dires des politiques constituait un travail chronophage et fastidieux. Le statut de la vérité factuelle, de plus, n’était pas le même, tant les débats idéologiques primaient. Les idées étaient plus fortes que les faits. Aujourd’hui, les débats passablement désidéologisés, l’accessibilité, sans contraintes ni délais, à toutes informations, le factcheking généralisé, limitent le domaine du mensonge. Et, au-delà, il rétrécit aussi le domaine de l’incohérence et du changement de discours opportuniste. On parle, à tout moment, pour tout le monde et sous le regard des meilleurs spécialistes du sujet traité. Avant, les menteurs gagnaient (comme Mitterrand, champion du monde) ou ceux qui pouvaient dire tout et son contraire (Chirac, imbattable à ce jeu). En revanche les Mendes-France, Rocard, Chevènement et Barre qui mentaient moins ou mal, et restaient cohérents… perdaient ! Dans le monde d’Internet et du fact-cheking, Mitterrand et Chirac n’auraient pas tenu… comme des poissons hors de l’eau. Nicolas Sarkozy, président au moment de la transition de ces deux mondes,  s’y est d’ailleurs épuisé ! Le mensonge à propos de sœur Emmanuel est étonnant pour un responsable de 42 ans…en 2018… ce doit être le côté vintage de Laurent Wauquiez…

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