Profondes dissensions entre les députés LREM sur la loi anticasseurs adoptée hier...

Oui, 50 députés de la majorité se sont abstenus. C’est une fracture parce qu’il s’agit d’un texte qui a trait aux fondamentaux du droit. Certain députés marcheurs auraient même préféré voter contre mais ne l’ont pas fait parce que la loi (qui va maintenant passer par le Sénat) reviendra à l’Assemblée en 2nde lecture, et s’ils veulent se laisser la possibilité de peser encore sur ce texte, un vote négatif en 1ère lecture aurait signifié une fronde rédhibitoire. Au fil des votes, on s’aperçoit qu’aucune colonne vertébrale idéologique ne s’affirme vraiment pour structurer la majorité. Elle ne tenait que par discipline. C’est fini. Les réfractaires, qui ont déjà fait grandement évoluer le texte, estiment qu’il écorne, pour le moins, la liberté de manifester en introduisant dans notre droit une forme inédite de ‘présomption de culpabilité’. En effet, l’article 2 rend possible une interdiction individuelle de manifester, certes très encadrée, mais simplement administrative, sans décision d’un juge, sans condamnations préalables. Atteinte aux libertés fondamentales ! C’est le point de vue des abstentionnistes En Marche et d’avocats influents, proches d’Emmanuel Macron, comme François Sureau, son ami et rédacteur des statuts du parti majoritaire ou Jean-Pierre Mignard, qui préside le comité d’éthique de LREM... ces deux hommes de lois, pas spécialement connus pour leur gauchisme ou leur laxisme, mais très attachés au rôle du juge comme garant quotidien les libertés publiques, combattent empiétement constant, depuis plusieurs années, du pouvoir policier, préfectoral, de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire. Ils s’étaient déjà émus de l’introduction dans le droit commun de tout un pan de l’Etat d’urgence. Ils dénoncent aussi, ici, la notion de ‘loi de circonstance’, ce manque de sang-froid démocratique, cette propension bien française à vouloir légiférer en permanence sur la question de la sécurité. Comme si la loi, dans ce domaine, n’avait pas pour but de créer du droit mais de rassurer la population. Ce n’est pas une dérive récente mais justement, dans son affirmation de faire de la politique autrement, Emmanuel Macron avait critiqué, pendant sa campagne, cette maladie de la loi de circonstance. 

Mais ce sont les forces de l’ordre qui demandent de meilleurs outils juridiques contre les casseurs !

Ils sont dans leur rôle. Tous les pouvoirs réclament toujours à être étendus. En ce moment on demande beaucoup aux policiers et aux gendarmes. Ils sont confrontés à de nouvelles formes de manifestations erratiques. Il convient de changer la doctrine d’un maintien de l’ordre obsolète et qui cause de nombreux blessés. L’Etat n’a pas les moyens d’améliorer les conditions de vie et de travail des forces de  l’ordre. Tout se passe comme si le gouvernement compensait, ce qu’il ne peut pas satisfaire socialement ou matériellement, en répondant favorablement à leurs demandes sécuritaires. C’est d’un classique achevé. La partie n’est pas finie... les députés En Marche peuvent encore faire évoluer le texte en 2nde lecture. Cette fracture dans la majorité nous fait reculer de quelques cases, dans notre tentative désespérée, chroniques après éditos, éditos après chroniques, de définir le maconisme...

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