Nicolas Sarkozy poursuit aujourd'hui sa tournée au Proche-Orient. En quoi est-elle utile ? Personne n'imagine que cette visite puisse servir à quoi que ce soit ou puisse avoir une quelconque utilité sur le terrain. Cette visite ne hâtera pas une solution politique ni la fin des hostilités. Alors on peut bien sûr sourire au discours obligatoire servi en ce moment par Bernard Kouchner du genre « ce n'est pas parce que ça paraît impossible qu'il ne faut rien faire », ou bien : « le Président n'est pas homme à renoncer parce que c'est difficile ». Bien sûr, on pourrait se moquer de ce qui apparaît comme une tentative dérisoire et un brin mégalomaniaque de la part de Nicolas Sarkozy, de continuer à vouloir incarner la politique européenne alors qu'il n'est plus, depuis quelques jours, le président en titre de l'Union. Bien sûr, on peut souligner qu'au moment où les difficultés s'amoncellent en France, il est toujours tentant, pour un responsable politique, de regonfler son prestige en sautant d'un tapis rouge à l'autre, l'air grave, aux côtés des dirigeants de la planète. Mais si les voyages et les déclarations sont des actes et des paroles en l'air, que dirait-on si l'on opposait à la disproportion de la réaction israélienne et à l'horreur de la guerre, le silence et la résignation ? Et puis, si -on l'a vu- l'activisme sarkozien est vain et sans effet sûr à l'extérieur, autre que symbolique ou de l'ordre du message, ce voyage revêt, en revanche, une grande utilité sur le plan intérieur. Nicolas Sarkozy a raison de s'afficher, successivement, avec tout ce qui peut compter dans la région et notamment aux côtés des dirigeants arabes et aux côtés de l'autorité Palestinienne, la vraie victime politique de ce conflit. Cette démarche du Président est très utile, non pas pour la paix au Proche Orient mais pour le maintien de la paix civile en France. Il serait exagéré de dire qu'il y a un risque d'exportation du conflit en France mais les chiffres des manifestations de soutien aux Palestiniens, samedi dernier, sont impressionnants, inattendus et sans doute révélateurs. Plus de 20.000 personnes à Paris, 10.000 à Lyon, 3.000 à Marseille ! Généralement, ce genre de manifestations ne réunit que quelques centaines de militants d'extrême gauche. Là, on sent bien que les images terribles venues de Gaza ont eu un effet en France. Le risque de voir une certaine frange de la population musulmane qui vit en banlieue et qui appartient à la partie de la société la plus touchée par la crise depuis des années, le risque de voir cette population s'identifier, ou tout du moins, se solidariser avec les victimes de Gaza, ce risque existe et il est identifié par certains élus de banlieues. Ce genre de conflit peut exacerber les réactions identitaires, ranimer le spectre de la guerre de civilisation, de l'affrontement Orient/Occident au sein même de nos sociétés. L’affaire de la voiture bélier lancée hier soir contre une synagogue près de Toulouse est peut être une alerte ! La France a traditionnellement une position qui se veut équilibrée, avec (par rapport au monde anglo-saxon) un tropisme pro-arabe sur les questions du Proche-Orient. Les positions personnelles de Nicolas Sarkozy, sensées être plus atlantistes, plus pro israéliennes, n'ont, en réalité, pas bouleversé la doctrine française sur ces questions. Depuis son élection, avec un souci de rapprochement de l'Amérique, avec l'affichage d'une réelle amitié envers Israël, Nicolas Sarkozy a su, en fait, préserver et même parfois renforcer les liens traditionnels que Paris a tissés depuis le Général de Gaulle avec le monde arabe - des rapprochements parfois même controversés comme lors de la visite du colonel Kadhafi l'année dernière, ou la présence de Bachar El Assad à la tribune d'honneur du dernier défilé du 14 juillet. La motivation première de la tournée qu'effectue le président pendant ces deux jours réside peut-être d'abord dans un souci de préservation d'une certaine cohérence nationale de plus en plus fragile.

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