Le conflit de SeaFrance et sa gestion par l’Elysée vous inspirent ce matin une chronique sur le volontarisme en politique.

Oui, il faut bien réécouter les mots qui ont été prononcés ces derniers jours sur ce sujet. Toute la presse a décrit, par le menu, le volte face de l’Elysée sur l’idée de laisser se constituer une coopérative ouvrière par les employés de SeaFrance. Nicolas Sarkozy ne s’est pas converti subitement à l’économie sociale et solidaire et tant pis si, sur le fond, le président n’y croit pas, tant pis si, juridiquement, financièrement, les montages envisagés, dans ce cas, ne tiennent pas la route et tant pis si les syndicalistes CFDT qui proposaient cette solution ont des comportements de mafia d’entreprise. Le pire, du point de vue de Nicolas Sarkozy aurait été de dire : « on ne peut rien faire ». Nicolas Sarkozy, très bon historien de la Cinquième République sait que le président peut avoir tous les défauts sauf celui de ne pas pouvoir ! L’Etat c’est lui, dans la grande tradition centralisatrice, jacobine et interventionniste de la France. Les phrases les plus dévastatrices, pour des présidents ou aspirants présidents, ont été, (bien plus que toutes les promesses non tenues) « sur le chômage, on a tout essayé » de François Mitterrand et « pour les entreprises, l’Etat ne peut pas tout » de Lionel Jospin sur le conflit chez LU.

Et justement, Nicolas Sarkozy s’est fait élire en 2007 aussi sur son volontarisme.

Oui… après 30 ans d’inaction ! Souvenez-vous c’était le discours : « Ensemble tout devient possible ». La politique est pleine de ces propos de capitaines de cavalerie : « rien n’est impossible », « impossible n’est pas français » qui réaniment régulièrement le mythe de la nation politique. Nous avons changé notre destin en 1789 et depuis on prône le retour du politique. Souvent ça marche et ça nous permet d’être aujourd’hui, encore le pays le moins libéral d’Europe… mais il y a une différence entre refuser la fatalité et nier la part de la réalité qui vous rattrapera. La mondialisation dilue notre spécificité de nation politique. Le vrai courage serait peut-être de définir honnêtement ce qui est réellement possible de faire. Ce que le sabir socio-médiatique appelle le « champ des possibles ». Et corolairement, comble du courage…dire ce que l’on ne peut plus faire. On en est loin. Le Président surévalue souvent (volontairement ou non) la part performative de son propos. La parole performative c’est une parole qui est elle-même une action. Dire « je nomme untel à tel poste », c’est performatif…il suffit de le dire (en général) pour que ça soit fait. Dire « je sauverai cette entreprise ». Il ne suffit pas de se mettre dans une posture de prise du pont d’Arcole, pour que ce soit fait … Pendant la période électorale, les candidats qui n’ont pas de chance de gagner vont proposer de renverser la table alors que les favoris devront être plus prudents. Mais vous remarquerez que le sens profond du débat, en ce moment, n’est pas tant sur la différence des solutions que sur le « moi, je peux », « moi, j’ai le courage d’agir », « moi je ne me soumets pas ». Un peu comme dans le célèbre sketch de Pierre Dac en fakir avec Francis Blanche : « il peut le faire ? »

« Oui, il peut le faire » !

Le voyage surprise de François Hollande hier matin à la raffinerie de Petroplus, au moment même où l’on sent bien qu’il en rabat sur ce qui devait être une révolution fiscale, participe de cette logique. Moins on peut, plus on affirme haut et fort que c’est possible! Le plus étonnant c’est que ça marche encore ! Enfin pour l’instant.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.