Mardi soir François Fillon a justifié sa politique sociale en affirmant qu’il était « chrétien ».

Oui et cette auto-qualification a choqué les plus laïques mais aussi de nombreux chrétiens attachés à la tradition française, en politique, de ne pas mettre sa foi en avant. Ce n’est pas une gaffe ou un propos spontané. François Fillon avait décidé de s’affirmer « chrétien ». Reprenons sa formulation exacte : « je suis gaulliste social, et de surcroît chrétien ». L’idée c’était de sortir du piège dans lequel il s’était mis lui-même lorsqu’il a proposé de réformer la Sécurité Sociale en distinguant les petits et gros risques. L’image du casseur de solidarité et de brutal-social commençait à lui coller à la peau. En se disant « chrétien », F.Fillon voulait souligner qu’il ne pouvait viscéralement pas être homme à négliger les plus faibles. C’était donc un terme adoucissant. Mais en reculant sur cette histoire de déremboursement des petits risques, il pouvait aussi perdre en constance et fermeté, 2 traits de caractère qui avaient fait son succès lors de la primaire. Il fallait donc un petit coup compensateur pour sa droite. Et « chrétien », ça a une résonnance identitaire, efficace pour l’électorat conservateur. A droite, on est social parce que chrétien, à la rigueur gaulliste, pas parce que l’on cède à la gauche, ou aux syndicats. Donc, « Chrétien » est un terme tactique double lame, adoucissant social, mais qui ne gauchit pas l’image, ce qui est essentiel pour aborder le 1er tour.

Mais il s’agit bien quand même d’un coup de canif dans la tradition laïque du débat en France…

Oui et F.Fillon prend là une lourde responsabilité ! Parce que ces dernières décennies, les chrétiens de gauche (comme Jacques Delors par exemple) ou du centre-droit (comme Jacques Barrot), ou avant comme le Général de Gaulle, n’évoquaient jamais leurs convictions religieuses pour justifier leur action. Par respect de l’esprit laïc, et puis parce qu’être chrétien ne dit rien de ce que l’on peut penser en politique. Etre chrétien peut renvoyer à la tradition de la bienfaisance et de la charité plutôt qu’à celle de la République sociale. Ou le contraire. De toute façon, il y aura toujours une bonne âme pour reprocher à celui qui s’affirme « chrétien » d’être un mauvais chrétien. Les anti-avortement vont reprocher à François Fillon de ne pas proposer de réformer ce droit. Les évêques de France pourraient lui reprocher de mener une politique d’accueil des migrants trop restrictive par rapport à ce que préconise le pape. Ceux qui ont été au catéchisme connaissent la formule culpabilisatrice « Chrétien le dimanche, crétin la semaine » ! Et puis il suffit d’imaginer l’argument de François Fillon qui, donc, dit en substance « rassurez-vous je suis chrétien » appliqué à la politique de santé, à l’éducation, aux mœurs, ou même à la diplomatie, pour en comprendre la portée explosive et même inacceptable. Faites, par exemple, l’exercice avec « rassurez-vous je suis juif, ou musulman » et imaginez les débats qui s’en suivraient ! François Fillon, qui s’est si souvent insurgé contre les excès du communautarisme, est pris la main dans le sac communautariste. Toutes les armes rhétoriques ne sont pas bonnes quand il s’agit de sortir d’une mauvaise passe.

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