Retraites : Tous contre la réforme

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Ludovic Marin

Avec cette question simple dont la réponse déterminera le degré de maturité de notre démocratie sociale : Y aura-t-il un gagnant par K.O (donc un perdant ?) ou y aura-t-il un compromis (donc pas de perdant) ? La situation en ce début d’année est simple : désormais toute l’opposition politique veut le retrait du projet. Ce n’est pas tout à fait vrai pour le front syndical... la CFDT (qui l’a rappelé hier soir) est opposée seulement à certains aspects qui restent négociables et F.O veut une pause. Côté politique, le plus spectaculaire, c’est la pétition de la gauche, du NPA au PS ! Ces forces ne pourront jamais s’accorder sur un projet mais peuvent dire non dans une même pétition de principe. Le "non", plus petit dénominateur commun pour s’opposer... 

L’opposition radicale au texte est basée sur une conviction commune : ce projet est injuste. ‘Conviction’ ou, pour la partie des socialistes proches de la CFDT, disons plutôt ‘constat’ bien compris du rapport de force dans la population. Le RN parle aussi de réforme injuste. Et LR désormais réclame le retrait d’un texte flou et dépensier. Le président qui voulait annihiler le clivage droite/gauche, l’abolit, effectivement… mais contre lui !

Situation très délicate, donc, pour la majorité

Oui parce que quand il y a un consensus contre vous et qu’une majorité de Français (même si ça s’érode) s’oppose à votre réforme, alors vous apparaissez comme le problème. Et le maintien du projet pourrait même sembler une sorte de déni démocratique

Le gouvernement n’a pas réussi –jusque là- à convaincre (au moins la gauche modérée) que son projet était un bon compromis entre le souhaitable (c’est à dire la justice) et le faisable (c’est-à-dire le financement). Il n’a pas réussi à convaincre la droite modérée que l’âge pivot répondait à une idée qu’elle-même défend : travailler plus. 

La majorité EM, pléthorique à l’Assemblée, peut, institutionnellement faire passer la réforme... Mais à quel prix politique ? La crise est à l’image  (et finalement c’est assez logique)  de la façon dont Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir... fort d’une toute petite majorité relative au premier tour (24%) et d’un score démesuré au second tour… un score qui disait non ! Non à l’extrême droite ... et en réalité, du point de vue des électeurs, oui à rien.

Notre système politique et notre culture de l’affrontement aboutissent à ce constat de démocratie par défaut : on s’unit contre, jamais pour. 

C’est donc un ‘Non’ qui risque de gagner : ‘Non’ à la grève ou ‘Non’ à la réforme. Si le mouvement s’arrête par lassitude des grévistes ou parce que le gouvernement aura été acculé… donc sans accord, avec des gagnants et des perdants... ce sera une preuve de plus de notre puérilité démocratique. Ça se joue cette semaine.

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