Les accusations d’inceste à l’encontre du constitutionaliste Olivier Duhamel auront une portée politique. La médiatisation de l’affaire Olivier Duhamel est utile, car elle accompagne de façon emblématique la revendication d’une génération.

Couverture du livre "La familia grande" de Camille Kouchner dans lequel elle dévoile l'inceste subi par son frère jumeau.
Couverture du livre "La familia grande" de Camille Kouchner dans lequel elle dévoile l'inceste subi par son frère jumeau. © AFP / JOEL SAGET

Oui, mais sans doute pas celle qu’on imagine. Il y aura le procès d’une coterie d’hommes et de femmes d’influence et de pouvoir, d’une bourgeoisie germanopratine qui aura su maintenir autour d’un homme puissant un silence protecteur. Les injonctions "jouissons sans entrave", "il est interdit d’interdire" de mai 1968, dont ils sont les vieux acteurs, qui avaient fait exploser la société corsetée et rigide d’après-guerre, auraient produit une permissivité finalement criminelle ; certains profiteront de la déviance pathologique d’un homme pour avancer des pions conservateurs. 

D’autres, parmi lesquels, justement ceux qui s’inscrivent dans la lignée de 1968, avancent aussi leurs pions quand un prêtre pédophile est protégé par une hiérarchie hypocrite. Là, ce n’est pas l’excès de liberté mais au contraire l’interdit absolu qui frustrerait les hommes et détraquerait les libidos, parfois jusqu’au pire. De même quand il y a inceste chez les De Villiers, la cause en serait la dégénérescence à particule, l’entre-soi ancestral. En réalité, rien de tout ça ! Ni trop de libertés ou d’interdits, de modernité ou de tradition, ni le conservatisme rance ou le progressisme irresponsable, ne sont en cause.   

Qu’est-ce qui est en cause alors ?

Le pouvoir des hommes qui offre un chemin possible à la prédation. Et ce pouvoir est dans tous les milieux, dans toutes les strates de la société. 

Un sondage IPSOS donne ce chiffre effarant : Un Français sur dix affirme avoir été victime d’inceste ! Des chiffres qui rappellent ceux des violences faites aux femmes. C’est donc un phénomène beaucoup plus large que celui des seuls cercles sociaux que l’on vient d’évoquer. Un phénomène de toujours dont nous ne mesurons l’ampleur, ou plutôt que nous ne considérons comme véritablement problématique que depuis quelques années. 

D’ailleurs, justement, mai 1968, la contestation du patriarcat, marque le début de cette prise de conscience. Les travailleurs sociaux, les psychologues, les gendarmes vous le diront : la violence intrafamiliale (et l’inceste y tient une part importante), est – de très loin - la première cause de l’insécurité. Pourtant, quand le thème de l’insécurité est brandi par les politiques, ce ne sont pas ces sujets qui viennent à l’esprit. 

La médiatisation de l’affaire Olivier Duhamel est utile, car elle accompagne de façon emblématique la revendication d’une génération. Cette demande inédite et massive de changer les rapports de domination entre humains ! La lutte contre les violences faites aux femmes ou l’inceste est aussi une lutte politique puisqu’elle parle d’une organisation sociale dans laquelle l’homme dominateur, parfois prédateur, ne serait plus la matrice. C’est un combat normatif et culturel que les nouvelles générations prennent à bras le corps. 

La politique, qui s’intéresse surtout à l’équilibre des pouvoirs collectifs ou à l’économie, devrait aussi (et même d’abord), comme le réclament les enfants des enfants d’après-guerre et le mouvement #MeToo, s’intéresser à la vraie pâte humaine, celle régit les relations entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les enfants.  

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