Cette semaine, le débat sur le travail du dimanche revient à l'Assemblée, par le biais d'un amendement parlementaire. Le travail du dimanche pourrait être autorisé dans les villes, dites touristiques. Qu'est-ce qu'une ville touristique ? La définition du périmètre d'application de la loi sera, dans les prochains jours, l'objet d'âpres débats. Les arguments qui militent en faveur ou en défaveur du travail du dimanche, sont connus, ils ne recouvrent pas forcément le clivage gauche-droite, ils ont été exposés, débattus, rebattus l'automne dernier. Mais il y a un argument nouveau à relever, un argument massue exprimé, la semaine dernière, par Nicolas Sarkozy. Il a dit, en substance : « De quoi avons-nous l'air à la face du monde, nous, pays touristique avec nos magasins fermés le dimanche ? ». Songez ! (expliquait-il) que, quand la famille Obama est venue à Paris, j'ai dû appeler des patrons de grands magasins pour qu'ils ouvrent afin que nos invités de marques puissent faire du shopping. C'était un dimanche. On découvre au passage, avec cette histoire, que sur un coup de fil, le président peut faire ouvrir des magasins et demander aux patrons de ces magasins de ne pas respecter la loi ! Bon, soit ! et puis l'argument est assez gonflé à vrai dire parce qu'en réalité, imaginez un instant que la famille Obama ait eu l'idée de faire ses courses parisiennes le samedi plutôt que le dimanche ?! Hé bien à coup sûr, le président aurait dû télephoner aux patrons des magasins concernés pour les fermer au public ! Question de sécurité et de tranquillité ! Derrière l'argumentation du chef de l'Etat, il y a l'idée que l'interdiction du travail le dimanche est un archaïsme. Est-ce moderne ou archaïque de travailler le dimanche ? Le débat est posé. Il faut travailler le dimanche parce qu'en ces temps de crise, toutes les voies pour relancer la consommation sont bonnes à explorer ou bien, le pouvoir d'achat est en berne, l'idée de consommer différemment avec plus de discernement à cause aussi de la crise écologique fait son chemin et finalement travailler le dimanche c'est très « années 90 » comme reflexe. Les arguments en faveur des grandes surfaces et de la consommation de masse qui seraient favorisées automatiquement par l'ouverture du dimanche, ne sont pas forcément non plus les plus modernes. Et puis, face à l'argument shopping-Obama du président, il y a cette histoire passée inaperçue, révélée par le blog du service politique de "L'Express" : avant la visite du président américain en France, l'ambassade des Etats-Unis veut réserver une table pour la famille Obama pour le 7 juin au Bistrot de Paris, une brasserie courue du 7ème arrondissement. Le patron répond « Non ». Son restaurant est fermé le dimanche et le 7 juin comme tous les dimanches ! La famille Obama est la bienvenue mais un autre jour de la semaine ! Cette réaction culotée du parton du Bistrot de Paris n'est pas forcément à mettre sur le compte d'un esprit borné, paresseux ou archaïque ! Il n'est sans doute pas non plus l'incarnation du monde finissant de ceux qui ne s'« adaptent » pas aux exigences supposées de notre temps. C'est une réaction d'artisan gaulois qu'un puissant n'impressionne pas outre mesure. L'argument du président et cette anecdote pourraient être une parabole de l'évolution de l'idéologie dominante à propos du fameux modèle français. Vous vous souvenez avant la crise, on nous disait qu'il fallait s'adapter au libéralisme ambiant, à la fameuse mondialisation. Depuis le début de la débâcle de ce modèle, l'été dernier, on nous dit qu'il faut réguler, encadrer, que le modèle français n'est pas si mal. Nicolas Sarkozy, lui-même fait maintenant de ce constat son crédo. Au fond, ce que Nicolas Sarkozy a intégré dans son discours au Congrès à Versailles, il y a 15 jours, le patron du Bistrot de Paris vient, d'une certaine façon, de l'intégrer, lui, dans ses actes.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.