Ce matin… le risque de la pente monarchique…

Oui, un petit parfum monarchique flotte au-dessus de ce que l’on appelait autrefois le Château… l’Elysée… un petit parfum de bon plaisir , de fait du prince … Les échos d’une absence totale de remise en cause ou de doutes en haut lieu alimentent ce fumet monarchien. Si les histoires de piscine de Brégançon ou de vaisselle de l’Elysée ont choqué, c’est que le contexte le permet, que la défiance du président envers les corps intermédiaires, la pratique verticale d’un pouvoir promis horizontal, commencent à se voir. La façon dont le président s’est fait très largement élire, plus pour faire barrage à l’extrême droite que par adhésion à des idées pas encore très abouties, exigeait une gouvernance plus humble… une pratique du «nous» plus que du «je». La faiblesse conceptuelle, sur bien des sujets, conforte l’idée que pour la nouvelle majorité, tout ne procède que d’un homme. Le risque de l’impression monarchique est dangereux pour le président parce que la France est un pays régicide. Bien sûr quand on parle de monarchie républicaine, on fait état de nos institutions qui favorisent l’exécutif et de l’hyper com’, de la sophistication avec laquelle est mise en scène l’image présidentielle, on ne parle pas de danger fondamental pour la démocratie ! Juste de cette triste confirmation que le pouvoir change les hommes…

En même temps, il y a une demande d’incarnation forte !

Oui, on reprochait aux 2 prédécesseurs d’Emmanuel Macron, chacun dans leur genre, leur manque de présidentialité. Les Français adressent à leurs présidents (comme à l’Etat) des injonctions contradictoires. Ils les veulent forts et de caractère, mais sans pour autant qu’ils s’estiment sortis de la cuisse de Jupiter. Beaucoup de présidents ont essuyé ces critiques. De Gaulle se plaçant au-dessus du lot, au-dessus des partis (comme il le disait lui-même) et donc au-dessus de la démocratie, était dépeint en monarque absolu. Il faut dire qu’il estimait qu’ayant sauvé la France deux fois, sa légitimité était d’une facture bien supérieure à celle que l’on obtient par le suffrage universel. Les élections et référendums n’étaient là que valider l’évidence de sa relation particulière aux Français, jusqu’en 1969. Tous ses successeurs ont été comparés à cette statue vivante. Tous ont voulu retrouver l’aura du Général, devenu président-étalon! Tous, sauf sans doute Pompidou et Hollande, ont été accusés de dérive monarchique. La trajectoire d’Emmanuel Macron ressemble à celle de Valérie Giscard d’Estaing et ce n’est pas bon signe. Le centriste libéral, élu en 1974, avait commencé moderne, rénovateur. Il tentait tout (maladroitement) pour rapprocher le pouvoir du peuple… et puis au fil des années, le président est devenu solitaire et hautain, parfois jusqu’au ridicule. L’image du monarque, au moment du sacre de Ubu Bokassa, lui a collé à la peau. Le cas d’Emmanuel Macron n’est pas encore désespéré… il n’est pas trop tard pour rectifier le tir, pour qu’il évite de confondre l’idée d’incarner avec l’idée de se prendre pour la France. Il parait (ses proches le disent) que si le président ne reconnait jamais une erreur, il n’oublie pas d’en tenir compte…et bien, c’est sans doute le moment de ne pas oublier d’en tenir compte…  

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