**Par Jean-François Achilli.Le Parti Socialiste n'a pas attendu l'audience d'aujourd'hui pour tourner la page DSK.Le temps politique va décidément beaucoup plus vite que le temps judiciaire. Le Parti Socialiste, quand l’affaire a éclaté, était sous le choc, comme foudroyé. Martine Aubry a parlé alors « d’une grande douleur ». C’est un peu comme dans ce film de science-fiction des années 50, "Le Jour où la Terre s’arrêta". La vie politique a stoppé net. Les Français ont assisté, incrédules, à la chute, du jour au lendemain, de celui qui était en passe de devenir le prochain président de la République. Son passage de la lumière aux ténèbres a provoqué un traumatisme collectif. Et aujourd’hui, trois semaines plus tard, la page DSK est bel et bien tournée. Rares sont ceux qui l'ont eu au téléphone depuis. Dominique Strauss-Kahn, comme l'a révélé le Nouvel Obs, a pu converser avec ses partenaires du pacte, Martine Aubry, Laurent Fabius. Mais aussi avec trois ou quatre autres. Personne ne veut l'avouer. Pour ne pas gêner sa défense, et pour tenir l'ex-patron du FMI le plus loin possible du parti. "Il ne dit rien sur l'affaire, on ne peut pas lui parler sur son portable directement, mais sur celui d'un autre", reconnait l'un de ses très proches amis, qui discute régulièrement avec Anne Sinclair, dont il salue le courage et la volonté de se battre. Plus largement, le clan des strausskahniens est aujourd'hui orphelin. Pierre Moscovici hésite toujours à se présenter. « Le temps de Dominique n’est plus le notre », reconnait pour sa part Jean-Christophe Cambadélis dans un courriel envoyé ce week-end à ceux qui soutenaient DSK. Le député de Paris, fidèle du premier cercle, sait bien que le calendrier du procès qui s’annonce, qu’elle qu’en soit l’issue, sera incompatible avec la prochaine présidentielle. « Unissons-nous », écrit Jean-Christophe Cambadélis, ce qui a provoqué un certain agacement : « Tout ça ne sert à rien, pour nous, c’est foutu », grognait hier soir un autre ami de Dominique, qui ne se remet pas de ce qu’il nomme « un immense gâchis ». Pour Martine Aubry, l’hypothèque DSK est définitivement levée ?L’audience d’aujourd’hui, à New-York, sera libératoire. La Première secrétaire, qui affirmait encore il y a quinze jours vouloir attendre un signe de la part de Dominique Strauss-Kahn, n'est plus liée par le pacte de Marrakech. Tout cela a volé en éclats. Plus personne au PS ne table, à court ou à moyen terme, sur un retour à la vie politique de l'ancien patron du FMI. L'agenda de Martine Aubry est là pour faire mentir ceux qui doutent de son envie d'y aller: avec un meeting sur le projet, dès ce soir à Metz, quelques heures seulement après le nouvel épisode judiciaire, et une télé, TF1 jeudi. Cela s'appelle passer à la vitesse supérieure. La difficulté pour les socialistes est de faire en sorte que l'affrontement Hollande-Aubry ne ravive pas les vieilles querelles. Ségolène Royal, de retour dans la course à la primaire, a appelé hier, sur France Inter, à un vrai débat de fond. Autre sujet d'inquiétude au PS: le temps judiciaire peut également gêner le temps politique, avec un feuilleton DSK dont les rebondissements viendraient polluer la campagne socialiste, comme un supplice chinois. Dominique Strauss-Kahn, en plaidant non-coupable, doit malgré tout encore rêver à un retour en politique, dans un avenir lointain. Les responsables socialistes, eux, le voient toujours comme un ami, mais surtout… surtout avec un océan entre eux.**

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