Ce matin, un plaidoyer pour la proportionnelle…

Oui, c’est le genre de plaidoyer pas trop risqué puisque tout le monde, désormais, est pour la proportionnelle. A part Jean-François Copé mais il semble qu’il soit maintenant minoritaire dans son parti. Les socialistes y sont favorables de longue date, ils l’avaient d’ailleurs instaurée après 1981 pour les élections de 1986. Le RPR et L’UDF, ancêtres de l’UMP (nous avons aussi de jeunes auditeurs), bref la droite avait rétabli le système majoritaire après 1986. Depuis, plus rien. Le scrutin majoritaire est maintenu. Après s’y être longtemps opposé Nicolas Sarkozy avait fini, pendant la dernière campagne présidentielle par promettre une dose de proportionnelle pour 2017 afin d’attendrir François Bayrou. Bref, l’Assemblée que nous allons élire dimanche 10 et dimanche 17 juin, ne sera pas représentative du spectre électoral français. Le Front national, qui, depuis maintenant 20 ans représente (si l’on prend une échelle très large correspondant à ses résultats lors d’élections nationales) entre 5 et 18% de l’électorat -certainement plus proche de 18 que de 5- aura, entre 0 et 2 députés au soir du 17 juin. Le FN n’est pas la seule victime de ce système de représentation. Le Centre aussi est écrasé. Compressé par la logique de blocs qu’implique le suffrage uninominal à deux tours sans correction, le Modem se présente de façon indépendante et va se faire « laminer ».

Mais s’il y avait eu la proportionnelle pour ces élections, l’assemblée qui en sortirait ne donnerait certainement pas de majorité claire à François Hollande ?

Pas forcément parce que plus personne ne propose de proportionnelle intégrale. Il s’agit d’instaurer un pourcentage (10 ou 15%) de députés désignés directement via le score national obtenu par leur parti. S’il y avait eu la proportionnelle, nous serions dans une toute autre logique. Une logique de coalition plutôt que dans une logique d’affrontement et de blocs. Le PS, du haut de ses 30%, qui va dominer sans doute toute la vie politique dans les cinq prochaines années, aurait dû (s’il y avait la proportionnelle) choisir clairement et composer avec le Front de Gauche ou avec le Modem, pour ce qu’ils représentent vraiment et pas pour leur capacité (comme les écologistes) à échanger des circonscriptions six mois avant le scrutin. En réalité, la proportionnelle comporte des avantages et des inconvénients, dont le risque d’instabilité mais ce risque génère, comme en Allemagne par exemple, une autre façon de gouverner, plus tournée vers la négociation. Le spectre de l’affaiblissement de nos institutions par la proportionnelle est une vieille peur héritée de la fin de la IVème République. Elle nourrit depuis, une politique centralisée, jacobine, parfois autoritaire, par laquelle on recherche des victoires politiques par K.O, en résistant à la rue ou en utilisant la rue ! Le système majoritaire tue les débats, les rend illégitimes. Un débat, dans une même majorité devient une atteinte à la solidarité du bloc, imposé par le mastodonte, l’UMP ou le PS. Par exemple, le débat sur la dépénalisation des drogues douces qui ressurgit aujourd’hui… Avec la logique de la proportionnelle, il serait vécu comme un débat de la campagne législative, alors qu’il est considéré comme une polémique gouvernementale !

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