En tenant ce grand meeting le jour même de la clôture du congrès du Parti Communiste, Jean-Luc Mélenchon, qui reste grand admirateur de François Mitterrand, poursuivait en quelques sortes l’œuvre du président fossoyeur du communisme français. Mais sur le fond, la démonstration d’hier marquait une étape supplémentaire dans l’évolution idéologique, théorique que Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement. Cette évolution, on peut en juger en comparant le discours d’hier à celui de la place Stalingrad d’il y a cinq ans. Il y a cinq ans, Mélenchon donnait à la radicalité de gauche des allures très républicaines et souverainistes. Il était, à l’époque aussi, question, par un discours économique classique anti-austérité, de relance par la consommation, des moyens keynésiens du retour de la croissance. Il y a cinq ans sur cette même place, devant une forêt de drapeaux tricolores, dans son costume sombre et avec sa cravate rouge, Mélenchon incarnait la gauche républicaine et radicale assez classique. Mais le propos a changé.Là, en jeans, veste et sans cravate, il développe le thème de la France insoumise. A l’image d’une CGT moins communiste mais empruntant plus à la culture gauchiste, Mélenchon s’essaie au thème de l’insoumission. Il faut dire que l’actualité lui en donne l’occasion. Il dénonce l’état d’urgence et les violences policières et prend soin de récupérer délicatement, sans les citer, Nuit debout, insoumis sans débouchés politiques… En réalité, le thème de l’insoumission lui permet surtout de donner un souffle révolutionnaire et exaltant au changement de « civilisation humaine » (ce sont ses termes) auquel il aspire. Il y a cinq ans, il parlait déjà d’éco-socialisme mais aujourd’hui l’écologie est devenue l’étalon de son propos. Alors que l’écologie politique n’est plus incarnée de façon audible ou crédible, Jean-Luc Mélenchon parle avec un souffle que les leaders des Verts n’ont jamais su avoir. Après avoir gobé le Parti Communiste, il tente donc d’avaler les écologistes. Il invoque l’exigence vitale de changer la matrice productiviste française. Il semble doucement, mais surement, sortir de l’idéologie ouvriériste, productiviste pour développer une théorie de la sobriété, anticonsumériste.

Moins de Karl Marx, plus de Pierre Rabhi. L’engagement antinucléaire limpide, l’insistance avec laquelle il appelle au développement d’une politique énergétique venue de la mer, qui pourrait être l’une de nos premières richesses, fait apparaitre un nouveau Mélenchon, au discours à la fois plus révolutionnaire et moins agressif. Et c’est logique : la transition écologique, qui peut, et doit certainement être impulsée par un retour à une forme de planification, ne peut cependant pas résulter de la lutte des classes ni même d’un seul rapport de force mais bien d’une culture de coopération et d’une société de confiance. Pour autant, que les admirateurs du caractère éruptif et combattant de Mélenchon se rassurent, sa propre transition écologiste n’a pas l’air de le transformer en doux agneau.

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