Les candidats En Marche sont arrivés en tête dans les circonscriptions des Français de l'étranger.

Oui, c’est ce vers quoi on se dirige, non seulement selon tous les sondeurs (qui, rappelons-le, avaient eu tout bon pour la présidentielle) mais surtout aux vues des premiers résultats dans les 11 circonscriptions des Français de l’étranger dont le 1er tour était anticipé. Les candidats En Marche y sont arrivés très largement en tête. Alors bien sûr, pour beaucoup il s’agit de cadres au profil macrono-compatible mais les scores sont impressionnants et les sortants sont, dans la plupart des cas, laminés. Par ailleurs, les projections des sondeurs dessinent un incroyable grand écart sociologique du vote En Marche. Ainsi, la majorité présidentielle est bien placée pour remporter l’une des circonscriptions les plus à droite et les plus aisées de France, à Paris autour du 7ème arrondissement et aussi l’une des plus populaires et des plus à gauche –toujours dans la capitale- dans le 19ème. Seul le gaullisme triomphant avait réussi ce syncrétisme sociologique. Et encore, même si le gaullisme recrutait bourgeois et ouvriers, le « métro à 5 heures du soir », disait Malraux et le notaire de province, il n’avait pas à lui tout seul la majorité absolue à l’Assemblée. En 1958, il fallait à l’UNR l’appoint des 35 députés Républicains Indépendants pour pouvoir gouverner.

On disait qu’Emmanuel Macron avait été élu par défaut, face à Marine Le Pen. Une majorité absolue aux législatives signifierait une adhésion ?

Juridiquement et même en terme de légitimité pour réformer oui, mais politiquement c’est beaucoup moins sûr ! Il y a bien une dynamique Macron, basée sur l’homme et ses capacités d’incarnation. Mais qui peut affirmer que le macronisme, comme horizon politique, comme but pour la société, est encore assez défini pour emporter l’adhésion. Il y a bien sûr la cohérence du corps électoral. Macron est Président, « il faut lui donner sa chance » entend-t-on, mais ces législatives sont encore les dernières boules du grand chamboule-tout entamé lors des primaires de droite, écologistes, socialistes, puis à la présidentielle. Il serait quand même présomptueux pour Emmanuel Macron de considérer qu’un résultat à ce point victorieux aux législatives, équivaudrait à l’approbation du seul sujet qui surnage pendant cette campagne : la loi travail…Loi d’ailleurs dont on ne connaîtra le détail que cet après-midi, c’est-à-dire beaucoup trop tard pour en faire un objet de débat sérieux. Les premiers pas du Président sont réussis mais présider n’est pas gouverner et l’on n’entend pas (ou très peu) le Premier Ministre, Edouard Philippe qui est aussi le chef de l’armée des candidats « En Marche ». Si EM gagne, ce sera donc sur la capacité d’Emmanuel Macron à revêtir avantageusement l’habit présidentiel, et à finir le dézingage du PS et de LR qui apparaissent comme des agents bloquants de la politique, plus que sur le détail de ses propositions législatives que l’on serait, à 5 jours du scrutin, bien en peine d’exposer clairement (hormis la loi facilement populaire de moralisation de la vie publique). L’idée d’être En Marche séduit mais personne (même pas Emmanuel Macron) ne dit clairement vers quoi, vers où ! Malgré les prévisions de majorité absolue, il est donc difficile de parler d’adhésion à un programme. Nous en sommes toujours à la phase de destruction du vieux monde politique.

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