Le projet de loi Sarkozy provoque des blocages de toutes parts. Aujourd'hui, réunions tous azimuts pour tenter de faire sauter quelques verrous. Vous connaissez le principe du bras de fer ? Normalement, ça se pratique à 2, deux gros bras face à face. Le plus musclé fait plier son adversaire. Ca se complique forcément dès qu'on est plus de 2. Un bras de fer à 3, 4 ou plus, ça tourne à la torsion générale, et au bout du compte, on se demande bien qui peut sortir vainqueur de cet exercice de force et d'antipodisme. Or c'est un peu à cela que pourrait se résumer aujourd'hui le débat politique sur la réforme des institutions. Sarkozy contre la gauche, UMP contre le PS, gaullistes contre libéraux, Lang contre ses amis, et Copé contre le reste du monde. Les clivages sont partout, pas toujours très lisibles, et au final assez difficiles à réduire en vue d'obtenir un compromis. Alors, politiquement, qu'est ce qui se joue pour chacun des protagonistes ? Nicolas Sarkozy. Il avait promis cette réforme, grillant au passage la politesse à la gauche qui a toujours fait de cette évolution institutionnelle de la Vème république, une priorité sans jamais la mettre en acte - il entend la mener à terme. Mais il sait aujourd'hui qu'il prend un vrai risque politique. Imaginez un seul instant qu'il n'arrive pas à réunir les 3/5ème des voix indispensables au Congrès, quel désaveu politique ! Or, en l'état du texte, ça ne passe pas. D'autant que son propre camp râle, et que le chef de camp, Jean-François Copé, prend un mâlin plaisir à souffler sur les braises tout en les aspergeant d'eau. Mais entre ceux qui sont contre la venue du président devant le parlement, ceux qui sont contre la restriction du 49.3, ceux qui sont pour un renforcement réel des pouvoirs de contrôle de l'exécutif, il y a un vrai travail de pédagogie voire de remise au pas à effectuer. Toutes les bonnes volontés, d'Edouard Balladur à François Fillon, sont donc appelées à la rescousse, pour mettre de l'huile dans les rouages, lâcher du lest et négocier. Faut que ça passe. Les socialistes. Vous imaginez un seul instant qu'ils fassent eux ce cadeau tout beau tout chaud au président de la République, en votant son texte ? Non... Mais en même temps, difficile de tenir publiquement le discours, on bloque tout pour "em..." pardon, pour ennuyer Nicolas Sarkozy, même si a priori, les Français n'ont pas les yeux rivés sur cette question institutionnelle. Du coup, les responsables socialistes, au grand dam d'ailleurs de certains qui regrettent cette vision tacticienne des choses, défendent l'idée d'un "pacte démocratique", plus large que l'accord bi partisan attendu sur la réforme constitutionnelle proprement dite. Torsion de bras supplémentaire. Doivent être pris en compte, selon eux, une réforme des modes de scrutin, législatif et surtout sénatorial, une réforme du temps de parole audiovisuel. Le groupe socialiste à l'Assemblée a prévu d'inscrire les 20 et 22 mai prochains dans ses niches parlementaires 2 propositions de loi liées à ces sujets. Il va mesurer la bonne volonté de la majorité sur ces points cruciaux, et en tirera les conclusions adéquates. Sous entendu, il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Si vous êtes prêts à discuter, nous aussi. La vraie difficulté dans ce bras de fer à plusieurs, c'est que si Nicolas Sarkozy donne un peu de mou à la gauche, par exemple en acceptant une réforme du scrutin sénatorial, cette anomalie, c'est la droite, sénatoriale, qui va lui tordre le bras. Eh j'ai oublié de vous dire, mais dans le bras de fer, il y a des bougies partout... Le premier qui plie et qui perd, se brûle très fort !

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