La liste de Dieudonné pour les élections européennes. Dieudonné n'a aucune existence politique. Claude Guéant, le secrétaire Général de l'Elysée, en s'interrogeant publiquement sur la question de savoir s'il faut ou non faire interdire les listes Dieudonné, met l'humoriste dans le jeu politique. Donc, en vous en parlant ce matin (si piège il y a), je suis un peu tombé dedans. Un piège qui serait aussi grossier que les gros bâtons de dynamites que Tom cache dans le gruyère de Jerry. Mais, vous avez remarqué que généralement, la dynamite pète aussi à la figure du chat, ou si vous préférez une référence un peu plus littéraire « tel est pris qui croyait prendre » (le rat et l'huître). Parce que cette fois ci, la ruse n'a qu'à moitié marché et donc se retourne un peu contre son auteur. C'est vrai qu'on a vu, ces derniers jours, quelques journaux faire le point sur les listes de Dieudonné, se demander si légalement il était possible de les interdire, si politiquement, il était souhaitable de les interdire. Bref parler de Dieudonné. Mais, je disais que le piège -si piège il y a- n'avait pas vraiment fonctionné parce que toute la presse a aussi souligné, justement, l'incongruité de voir l'Elysée poser publiquement cette question. On attend de l'Elysée des réponses s'il en a ! Pas des questions. Ce n'est pas à la présidence d'animer la campagne des européennes. Tout le monde a peu ou prou dénoncé le piège. Sauf que pour le dénoncer, il faut tomber un peu dedans, la preuve avec cet édito. C'est vrai, c'est du fond du piège que je peux crier « c'est un piège ! ». C'est à la fois totalement ridicule et utile quand même. Donc j'arrête de parler de Dieudonné et je vais parler de Claude Guéant. Pourquoi ce piège -si piège il y a ? Quel est l'intérêt de l'Elysée ? Si Dieudonné peut grappiller un peu à l'extrême gauche, pourquoi pas. Ah oui, parce que vous vous souvenez que la grande mode, il y a quelques semaines, c'était de dire que Nicolas Sarkozy faisait tout pour favoriser Olivier Besancenot pour gêner le PS. Eh bien, figurez-vous qu'il paraît que cette théorie n'est plus de mise. Parce que les conflits sociaux se multiplient et que les grandes centrales syndicales, (qui sont les interlocuteurs de l'exécutif), sont débordées par la radicalisation. Le facteur trotskiste redevient donc un danger pour l'Elysée. Et puis, ce n'est plus le PS qu'il faut affaiblir, c'est François Bayrou. Ce genre de petites combinaisons, ces coups de pousses hasardeux représentent vraiment ce que l'on fait de plus vulgaire en politique mais ça ne date pas d'hier. Le Prince résiste rarement à tourner, s'il le peu, même les plus petites vis de la mécanique de son opposition. Et François Mitterrand était, bien sûr, le maître en la matière. Ainsi, en 1982, il monte une petite entourloupe oubliée depuis. 1982, Jean-Marie Le Pen n'existait pas. Il n'avait même pas réussi à se présenter à la présidentielle de l'année précédente. Aux législatives, une poignée de candidats FN ne totalise que 0,2%. En 82, comme tous les ans depuis 72, Jean-Marie Le Pen écrit au Président pour se plaindre que la presse ne couvre pas la fête annuelle de son micro mouvement. Pendant son mandat, Valery Giscard d'Estaing n'avait, évidemment, jamais pris la peine de répondre. Eh bien en 82, François Mitterrand lui a répondu et l'a fait savoir. On en retrouve la trace dans plusieurs journaux de l'époque. Et surtout, pour la première fois depuis la création du FN, la fête annuelle du groupuscule d'extrême droite est couverte par une équipe de TF1. La suite de l'aventure Le Pen n'est pas due qu'au Président socialiste, bien sûr, et Dieudonné ne connaitra pas la carrière de son ami du FN. Mais la démarche initiale des sous machiavel de l'Elysée avec l'humoriste anti sémite est comparable. A moins... à moins qu'il n'y ait pas du tout de piège et que ce soit juste une terrible bourde de Claude Guéant. Ce qui reviendrait au même : c'est-à-dire remettre en selle Dieudonné.

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