Printemps 2008 ! C'est la saison de la commémoration de mai 68. A la clef, pléthore d'ouvrages consacrés à la révolte estudiantine qui a secoué la France, il y a 40 ans. A la une de l'un de ces livres, le CRS matraqueur en noir et blanc devenu depuis 40 ans le symbole de la répression de cette révolte étudiante qui a débordé des murs de l'université. Casqué, armé d'un bouclier et levant la matraque, ce "CRS SS" tout à sa fureur d'étouffer cette "explosion d'envie de vivre, cette résurrection, ces désirs surréalistes" surgit en ce lointain printemps, comme l'écrit Daniel Cohn-Bendit dans sa préface. Aux éditions Michel Lafon, "Mai 68" est en fait un recueil de dazibao et dessins de l'époque, grande époque pour Wolinski, Cabu, Siné, Cavanna, Topor et les autres ; acteurs, jouisseurs et spectateurs d'une révolution en laquelle ils ont cru le temps d'un joli mois de mai. Alors pourquoi s'arrêter sur ce livre en particulier quand des dizaines fleurissent sur le même thème ? Pourquoi d'ailleurs en parler ce matin ? Parce qu'on est surpris 40 ans après, par la violence, la dureté, l'impertinence du trait, par la permanence aussi des thèmes évoqués. A l'heure où notre président semble se complaire dans l'auto-victimisation, devant ses collaborateurs, il ne cesse ces jours ci de fustiger à plaisir la presse et ses "imbéciles de journalistes", la presse responsable de tous ses maux, de son désamour avec les Français. On a envie de lui glisser : jetez donc un oeil à ce "mai 68" monsieur le président, les commentateurs d'il y a 40 ans, étaient bien pire que ceux d'aujourd'hui !!! Et puis il y a ces quelques mots de François Léotard hier dans une interview au "Parisien", quelques mots qui accrochent le coeur et l'esprit. L'ancien ministre surprend en refusant de condamner comme l'a fait le président dit-il, mai 68, style "c'était la chienlit". Non "68 dit-il, c'était beaucoup plus compliqué que ça..." "On est aujourd'hui dans un trop grand conformisme verbal. L'ironie me semble très belle quand elle questionne le pouvoir", avec une confidence à la clef de l'ex ministre, "quand mon frère Philippe est mort, je me suis dit, c'est lui qui avait raison". L'ironie qui questionne le pouvoir, "ces moments d'insolence magnifiques qui se moquent de l'irréparable" comme dit Gébé. Dans ce livre, ils sont partout : Dans le trait contre De Gaulle, sous le masque du général croqué par Siné, c'est Hitler le dictateur qui se dévoile. Franchement, on n'oserait plus ça aujoud'hui... Dans le trait contre les forces de l'ordre, Cabu et ses ex para de l'OAS reconvertis dans les comités de défense de la république. Dans le trait contre les media, la vieille ORTF qui baillonne, en ligne directe avec le pouvoir, "la police vous parle tous les soirs à 20H," annonce un inquiétant CRS casqué. Dans le trait contre les sondages, "Refusez l'IFOP, refusez l'intoxication, réclame un cerveau lobotomisé", contre les élections piège à cons, "le pouvoir est dans les urnes, raison de plus pour ne pas s'en approcher", ironie même contre le panurgisme qui finalement a eu raison de la belle révolte. Voilà, dans les 3 mois qui viennent, on va étouffer sous les commémorations de mai 68. Ses enfants des pavés et de la plage vont batailler pour savoir ce qu'il reste de ce printemps. Y a-t-il tout à liquider ou en est-on ses héritiers ? Et bien, dans le droit d'inventaire de 68, on pourrait au moins se mettre d'accord pour sauver l'ironie qui questionne le pouvoir, comme dit François Léotard, l'ironie qui gratte, dérange, fendille et fissure, et dont on devrait aujourd'hui plus qu'hier encore user et abuser.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.