Accord finalement signé, hier, en Guadeloupe, après 44 jours de grève. Et disons du bien d’un ministre - ce n’est pas tous les jours - du bien d’Yves Jego, le mister Bean moqué dans la majorité, ridiculisé par les propos prêtés à Nicolas Sarkozy à son sujet dans « Le Canard Enchaîné ». Le sous ministre que tout le monde suppose politiquement fini, que le Président voudrait renvoyer s’occuper de sa mairie du fin fond de l’Ile-de-France, ce sous ministre mérite sans doute un autre traitement. Constatons, d’abord que, ce qui a été obtenu par les négociations, au cours desquelles on a frôlé, à plusieurs reprises, une situation quasi insurrectionnelle, pendant laquelle un syndicaliste est mort. Le résultat obtenu, et notamment l’augmentation des salaires de 200 euros, ressemble, en plus cher, à ce que le prétendu mauvais ministre de l’outre mer était sur le point de concéder au début du conflit, juste avant d’être convoqué à Paris pour se faire enguirlander par le premier ministre. Yves Jégo, en réalité, avait été bombardé à la tête de ce petit secrétariat d’Etat pour des raisons tout à fait politiciennes. Il n’avait aucune connaissance particulière des problèmes des territoires ultramarins. Mais comme il avait accepté de renoncer à son ambition de postuler à la candidature de la Présidence de la Région Ile-de-France et qu’il avait fait ce sacrifice sur injonction du Président, pour ne pas ajouter à la cacophonie du ridicule duel Pecresse/Karoutchi, le Président l’avait récompensé en le nommant ministre. Ça aurait pu être aux anciens combattants, au tourisme ou à tout autre strapontin de bas de tableau. C’est tombé sur les DOM-TOM. Ce ministère était subitement devenu vaquant puisque libéré par Christian Estrozi (qui n’y connaissait rien non plus à la question) mais qui était devenu maire de Nice entre temps, en promettant à ses électeurs de se consacrer à sa ville ! A quoi tient la formation d’un gouvernement ! La nomination des secrétaires d’Etat a toujours été fonction d’un jeu de dominos politicien. Toujours est-t-il que, finalement, ça s’est avéré une bonne chose parce que justement, le fait qu’Yves Jégo débarque à ce poste en étant totalement vierge sur ces dossiers a permis qu’il soit aussi totalement étranger à tous les lobbys des industriels et producteurs békés. Le Medef local, les familles Hayot ou Dépointes, Eric de Lucy, le défenseur des patrons de la banane, Total et la Sara qui contrôle l’importation du carburant. Tous ces gens ont des relais et des liens très puissants au gouvernement, à l’UMP, notamment à la tête du groupe UMP du Sénat, au cabinet de François Fillon et même au cabinet d’Yves Jégo lui-même, qui n’a pas pu en maîtriser la composition à son arrivée. Ces Lobbyistes ont passé ces dernières semaines à essayer de briser le secrétaire d’Etat. Et pour cause, celui ci découvrait avec stupéfaction le fonctionnement de l’économie des DOM-TOM, la persistance de l’esprit de l’époque des colonies et des comptoirs. Et quand il est arrivé aux Antilles, ce sont des gens comme le philosophe engagé Jacky Daomé qui se sont chargés de lui expliquer la Guadeloupe. Le ministre a été réceptif à ces discours qui, de plus, lui paraissaient compatibles avec l'idée - qu’en bon sarkozien - il se faisait de la réforme. Dans les accords qui ont abouti à la fin de ce conflit, il est prévu des états généraux destinés à réfléchir à la réforme des structures de cette économie de rente. L’autorité de la concurrence est enfin saisie. Nicolas Sarkozy partage-t-il les vues acquises par son secrétaire d’Etat au contact brutal de la réalité de ces îles ? On verra dans les prochains mois si ces idées seront suivies d’effets, c'est-à-dire si l’on casse les monopoles, même ceux détenus par les amis politique de la majorité, ou si les lobbyistes puissants et très riches auront gagné ! Le fait qu’Yves Jégo soit sorti du gouvernement ou pas au prochain remaniement sera aussi une indication instructive à ce sujet.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.