Ce matin, portrait de deux plumes. Celle de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande.

Oui, il s’agit d’Henri Guaino pour Nicolas Sarkozy et d’Aquilino Morelle pour François Hollande. L’un est à droite, l’autre est à gauche mais leur histoire, leur profil et leurs idées pourraient les rapprocher… Ce ne sont pas de simples rédacteurs chargés de mettre en musique la pensée de leurs patrons. Il ne s’agit pas de « normaliens sachant écrire » comme les élus en utilisent régulièrement. Guaino et Morelle ont des opinions, une façon bien à eux de concevoir la politique. Alors que Nicolas Sarkozy et François Hollande sont plutôt partisans d’une Europe la plus intégrée possible, qu’ils affirment tous les deux vouloir respecter les critères de convergence et une certaine orthodoxie budgétaire, alors que les deux candidats ont voté « oui » au traité européen en 2005, Henri Guaino et Aquilino Morelle pensent, sur tous ces sujets, exactement le contraire. Ce sont des « nonistes » de 2005. Issus l’un comme l’autre de milieux populaires, Guaino a grandi à Arles, fils d’une femme de ménage et n’ayant pas connu son père, Morelle a été élevé dans le quartier de Belleville à Paris dans une famille nombreuse issue de l’immigration espagnole. Tous deux sont de purs produits d’un modèle qu’ils vénèrent, celui de la méritocratie et de l’école publique. Ils sont nostalgiques des hussards noirs de la république. Guaino est lyrique, Morelle est brillant. Le socialiste est énarque et médecin. Ce sont de chauds partisans du volontarisme, du retour du politique. Ils ont la République dans sang et dans le verbe. Guaino est un adepte du gaullisme social et Morelle, proche d’Arnaud Montebourg, et l’un des théoriciens de la « démondialisation ». Il ne lésine pas non plus sur les références au général de Gaulle.

Pourquoi Sarkozy et Hollande ont-ils choisi des plumes qui ne pensent pas tout à fait comme eux ?

Parce que justement la présidentielle c’est un moment où le candidat doit arriver à avoir un discours qui dépasse sa propre opinion. Sarkozy et Hollande sont deux traumatisés du referendum de 2005. Ils veulent garder le contact avec la France du non qui est majoritaire dans le pays. Guaino et Morelle sont un peu comme deux Jiminy Cricket du « non » pour les candidats. On pourrait trouver ça hypocrite ou tout simplement habile. Des candidats plutôt libéraux dans leur genre qui feraient emballer leur projet de rigueur par un discours acceptable par les partisans d’une autre politique et d’une autre Europe. Ce serait une analyse réductrice car ces deux plumes ont un poids réel. On peut d’ailleurs lire le rapport de force actuel entre Sarkozy et Hollande, favorable au socialiste, à l’aune de l’influence de leurs plumes respectives. L’influence de Guaino décroît à mesure que Sarkozy droitise son propos. L’influence de Morelle, ou tout du moins de ce qu’il représente, grandit. François Hollande prononce des discours à tonalité éminemment républicaine et la guerre à la finance, la taxation des plus riches siéent parfaitement à Aquilino Morelle même si l’on reste très loin de l’idée de démondialisation. Mais attention au pouvoir magique de la plume ! Si « dire » c’est « faire » en période électorale, il n’en va pas de même quand il s’agit de gouverner. La relative démonétisation du discours du Président ces dernières années vient aussi du fait que, trop souvent, les actes de Sarkozy ne ressemblaient pas vraiment aux mots de Guaino.

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