7h46 : L'édito politique de Marc Fauvelle

Marseille et le fantôme de Jean-Noël Guérini

Sur le papier il avait tout pour lui....

Un ancrage, une aura, des réseaux de sénateur et président du conseil général, et face a lui, une droite dévastée....

Sur le papier, cela ne faisait pas un pli.....

Le futur maire de Marseille avait déjà un nom, Jean Noel Guerini... Il avait échoué d'un cheveu aux dernières municipales de 2008, et il allait mettre fin à une curiosité politique. Une ville sociologiquement à gauche, dirigée par un maire de droite depuis 18 ans.

Bref, pour la gauche, c'était presque gagné d’avance, pas même la peine d'appeler les marseillais aux urnes, d'autant que face au candidat naturel du PS, il n'y avait personne ou presque... A force de faire le ménage autour de lui, le maire sortant Jean Claude Gaudin se retrouve tout seul à la fin de son troisième mandat. Fatigué, il hésite à se représenter, de peur de jouer l'élection de trop.

Mais voilà, la justice est passée par là, et Jean Noel Guérini est aujourd'hui KO debout. La dernière mise en examen est tombée hier, dans une affaire de détournement de fonds public. Il était déjà poursuivi pour association de malfaiteurs...

Et c'est tout le PS local qui est éclaboussé. Son ancien collaborateur aujourd’hui député socialiste est lui aussi poursuivi, pendant qu'une autre députée socialiste de Marseille, Sylvie Andrieux est jugée en ce moment même, encore toujours pour détournement de fonds public....

La justice est en train de passer, là où les politiques avaient passé l'éponge, et ce sont les électeurs qui pourraient jouer les arbitres au final.

Jean Noel Guérini est aujourd'hui hors jeu dans la course à la mairie de Marseille, mais il n'a pas dit son dernier mot...

Il fallait le voir, il y a quelques jours encore sur la canebière, houspiller en public la ministre Marie Arlette Carlotti, qui se verrait bien elle aussi maire de Marseille. Manière de montrer qu'il n'a pas dit son dernier mot...

Il fallait l'entendre menaçant, récemment tous ceux qui à gauche, sont déjà sur les rangs.

Vous me devez tout, leur a-t-il lancé... avant de conclure "Si je parlais aujourd'hui, certains ne seraient plus ministre"

Et c'est vrai qu'il n'a pas tort sur ce point....

Tout ce que la gauche aujourd’hui compte de candidats à Marseille lui est redevable de quelque chose....

Mme Carlotti a été sa porte-parole en 2008, avant de se fâcher avec lui.

Patrick Mennuci, candidat lui aussi, a dirigé sa campagne à la même époque.

Et puis Eugène Caselli, le Président de la communauté urbaine, lui doit en partie son élection...

Bref, à Marseille, tout le monde se tient par la barbichette....

Et le premier qui osera s'attaquer publiquement au système de clientélisme, sait qu'il risque d'y laisser des plumes ... Qui osera dire publiquement par exemple, comment sont attribués les logements, les places en crèches, les subventions aux associations.... et en échange de quoi... Sur ce point, Marseille reste une exception, où le clientélisme a été érigé en système industriel.

Personne n'a envie d'appuyer sur le bouton nucléaire, d'autant qu'un autre scénario pourrait alors se profiler.

A Marseille, on connait l'amitié qui unit le sénateur Guérini au maire Gaudin.... Et les mauvaise langues imaginent déjà l'ancien homme fort du PS faire en coulisse la campagne de son vieil ami pour faire battre la gauche.

Et évidemment, ce casse-tête marseillais est suivi de très prêt à l'Elysée...

Car Marseille pourrait bien être l'un des symboles des municipales de 2014...

En 2001, la victoire de Delanoë à Paris avait complètement éclipsé la vague bleue dans le reste du pays...

Eh bien la cité phocéenne pourrait bien jouer ce rôle l'an prochain, le miroir déformant des medias en faisant alors une vitrine de la victoire des socialistes

Le problème, c'est qu'on ne sait pas aujourd’hui si François Hollande et le PS ont vraiment envie de sa lancer dans une opération main propre au risque de perdre la ville.

On se souvient du rapport Montebourg en 2011, qui avait le premier réclamé la destitution de Jean Noel Guérini... Il avait fini aux oubliettes de la rue de Solferino. Le candidat Hollande, lui s'était contenté du service minimum sur Guérini, en affirmant qu'il faut que la justice passe, c'est bien le moins....

Résultat, si la gauche, ne parvient pas à ravir la mairie de Marseille l'an prochain, elle ne pourra s'en prendre qu'à elle même.

Miser uniquement sur un bon score du FN, pour affaiblir la droite serait politiquement un bon choix.

Peut être même victorieux…

Mais moralement, ce serait désastreux.

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