Vous vous intéressez à ce qui pourrait apparaitre comme une bizarrerie politique…

Et  qui n’en est pas… Il n’y a qu’une seule liste RN en Seine-Saint-Denis,  pourtant le département  le plus populaire et celui qui comporte aussi le plus d’étrangers ou de  Français d’origine étrangère. Il y a 40 communes dans ce département de  la petite couronne parisienne. Enfin, il y avait 2 listes. Mais le RN  vient de retirer l’investiture de sa tête  de liste de Villepinte parce que celui-ci avait eu la mauvaise  idée de  liker une vidéo d’un site conspirationniste russe qui expliquait que le  coronavirus était un complot juif… évidemment… Donc il n’y a plus que…  Noisy-le-Grand… Pour un parti qui se targue  de représenter les classes populaires et entend montrer les ravages de  l’immigration ! Le RN réalise, lors des élections nationales, de bons  scores dans les petites communes du 9-3 les plus éloignées de Paris, en  zone périurbaine. Il y a très peu d’immigrés  dans ces villes déjà presque rurales. C’est l’effet ‘fantasme cathodique’.  Les habitants de Coubron, Vaujours, Tremblay-en-France sont assez près  de l’agglomération parisienne et des quartiers dits ‘difficiles’ pour en  avoir peur… et assez loin pour  ne pas les connaitre vraiment. Ces communes peu peuplées de la lisière  de la Seine-Saint-Denis ont placé le RN en tête aux Européennes mais  n’auront pas de listes aux municipales, fautes de volontaires et de  militants. Le RN n’a pas de candidats non plus dans  les villes du centre du département de façon, cette fois-ci, plus  logique. Ce sont souvent des villes ghettos. Mais le plus symptomatique,  c’est l’absence de militants, le très faible taux d’électeurs pour les  élections nationales et l’absence totale de candidats   aux municipales, dans les villes les plus denses, les plus peuplées de  la partie du département qui jouxte Paris. Montreuil, plus de 100.000  habitants, Bagnolet, Saint Ouen, Pantin ont pourtant, souvent plus de  50% de logements sociaux. Ce sont des villes  ethniquement mélangées… et c’est là que le RN est le plus faible en  France…

Pourquoi ?

Justement  parce que le mélange, la variété sociologique et ethnique,  l’hybridation, la mixité  réelle, ça marche. La peur de l’autre s’estompe. Il ne faut pas être  angélique, dans ces communes, il y a des trafics, plus de violence,   qu’au cœur des grandes villes… comme dans tous les quartiers populaires  des villes-mondes. Mais il s’y regroupe plusieurs  centaines de milliers de personnes, la mixité scolaire y est importante  et fait ses preuves. La gentrification, ce phénomène qui pousse les  classes moyennes supérieures vers les quartiers populaires, y est  relativement contenue (et facteur de mixité équilibrée)  grâce au parc de logements sociaux incompressibles. La vie y est  certainement moins paisible que dans les autres ghettos de l’ouest  parisien, cossus, ethniquement monochromes et socialement uniformes,  mais au moins est-elle facteur d’intégration… et donc relativement  hermétique au vote de rejet. L’absence de greffe du RN dans ces villes  peut être perçue comme une preuve, presque de laboratoire, de  l’invalidité des thèses de l’extrême-droite sur la fatalité explosive  d’une société de diversité d’origines.

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