Alors que le pouvoir d'achat devient la première préoccupation des Français, les élus et les élites ont-ils bien conscience de la réalité vécue par ce qu'on appelle les "classes moyennes" en France ? A entendre quelques petites réflexions des uns et des autres, on peut se poser la question. Ce sont des petites phrases, pleines de bon sens pour ceux qui les prononcent, des comportements, tenus pour normaux par ceux qui en usent, et qui pourtant nous font sursauter. Christine Largarde, ministre de l'économie qui ne trouve rien de mieux, face à la flambée des prix du pétrole, que de conseiller aux Français un usage modéré de la voiture. "Chacun doit se poser la question à chaque fois de savoir si vraiment il est utile d'utiliser son automobile, si vraiment il est utile de se déplacer". Ceux pour qui la voiture est juste l'élément indispensable pour aller travailler, emmener les enfants à la crèche ou faire les courses n'en croient pas leurs oreilles et se demandent si faire un aller/retour en Corse pour quelques heures en airbus présidentiel, comme l'a fait la semaine dernière Christine Lagarde, est vraiment utile. C'est encore Nicolas Sarkozy qui hier, à l'occasion du bicentenaire de la Cour des comptes où il nous fut rappelé "qu'un euro public pesait plus lourd qu'un euro privé, parce qu'un euro public était celui des contribuables, celui de la veuve et de l'orphelin disait-on en 1807", Nicolas Sarkozy donc qui a cru bon devoir une nouvelle fois se justifier sur son salaire. Enfin, pas un mot sur son augmentation, 140% la semaine dernière, ni sur le montant global, 19 000 euros bruts mensuels. Le président a préféré rappeler qu'il était surtout adepte de la transparence en la matière, ce dont on peut lui faire crédit. Sauf que les chiffres malgré tout ont leur importance, car ces chiffres souvent choquent, tellement ils sont éloignés des références habituelles des Français. Les pêcheurs détaillent depuis quelques jours leurs revenus, une campagne de pêche de 15 jours, et ils reviennent parfois à terre avec 100 euros sur leur fiche de paie, et le seul fruit de la godaille. Les hôtesses et stewarts d'Air France font grève pour obtenir une revalorisation de quelques centaines d'euros, eux qui, disent-ils, voient leurs salaires bloqués depuis 5 ans. Et les élus, les élites, avec combien vivent ils ? Une campagne de presse relayée sur Internet dénonce avec férocité le train de vie jugé somptuaire des députés, et leurs petits arrangements entre amis pour se protéger. Le problème, c'est que tout ce qui est diffusé, notamment sur les conditions particulières de leur assurance chômage, est loin d'être l'exacte vérité. Pour ne pas raconter n'importe quoi, un bon conseil, reportez-vous à un livre qui vient de sortir aux éditions du Moment. Dans "Abus de pouvoir", Vincent Quivy fait un point précis et incontestable sur les émoluments, les avantages et le train de vie des politiques. On y apprend que quand un ministre déclare toucher 13 471 euros, soit quand même plus de 10 fois le smic, il oublie juste d'y ajouter une prime mensuelle de 6 223 euros nets d'impôts. Qu'un ministre ou qu'un parlementaire qui cumule avec d'autres mandats, a le droit aussi de cumuler ses salaires - avec certes un plafond, sauf que personne ne vient contrôler le respect de ce plafond. Alors, pas de démagogie déplacée. Un élu doit gagner sa vie, bien la gagner. C'est l'honneur de notre république que de reconnaître la valeur et le travail de ses représentants du peuple. Mais juste un conseil, que ceux qui bénéficient néanmoins de ces traitements particuliers, si ce n'est traitement de faveur, aient conscience de leurs privilèges. Cela évitera quelques remarques déplacées, voire décalées, qu'ils se permettent parfois de proférer. LIVRE : -Quivy, Vincent, Abus de pouvoir , Ed. du Moment, Paris, (parution septembre 2007).

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