Plusieurs petites choses, c’est sûr, des grandes choses, peut-être ! Les petites d’abord. La star de l’actualité, Nicolas Sarkozy, va passer au second plan. Vous avez remarqué - ça fait trois jours qu’on en n'entend plus parler. Nicolas Sarkozy qui était LA politique à lui tout seul, il avait mis le monde politique et médiatique dans son essoreuse à idées et à paroles. Il incarne la droite, débauche à gauche, flirte avec le discours d’extrême gauche, vampirise le centre, il a siphonné l’extrême droite, il sillonne la planète pour réformer le capitalisme ou libérer des otages, il fait de l’ombre à Angella Merkell et Gordon Brown. Hop, disparu, éclipsé par un petit jeune de 47 ans, sacré roi du monde. Et puis - toujours dans les petites choses - le PS se tâte entre 3 quinquagénaires qui proposent peu ou prou la même politique. Le calendrier est cruel mais voilà, nous avons ces deux événements devant les yeux la même semaine puisque les militants du PS choisissent ce soir leur motion ! Côté renouvellement et enthousiasme, Barack Obama, avec moins d’expérience politique que nos trois notables installés, ça crée forcément un contraste ravageur. Voilà pour les petites choses. Plus sérieusement, l’exemple Obama peut-il inciter les Français à être plus enclins à voter pour des candidats noirs ou maghrébins ? Bien mâlin celui qui peut mesurer par avance l’effet Obama sur cette question, mais les dernières enquêtes d’opinion montrent que les Français aussi sont déjà très majoritairement prêts à voter pour un noir ou un maghrébin. En revanche, les Etats-majors politiques ou même les militants qui désignent les candidats lors des primaires locales, sont beaucoup plus pusillanimes. On assiste à une distorsion de la perception de ce que la population pense. Les élites politiques, surtout les élites intermédiaires, au niveau régional ou départemental, estiment souvent que la base est plus conservatrice qu’elle ne l’est. Pourtant 80% des Français se disent prêts à élire un noir ! Même s’ils ne sont que 58% à se dire prêts à voter pour un maghrébin, c’est comparable aux chiffres enregistrés dans l’électorat blanc américain vis-à-vis de l’élection d’un noir avant la campagne qui vient de s’achever. 80% des Français se disent prêts à élire un noir et en même temps, une large majorité pense qu’un noir ne peut pas être élu par l’ensemble des Français. Les Français eux-mêmes pensent que l’ensemble de la population n’est pas aussi ouverte que chacun d’eux, individuellement. Cette incohérence montre simplement que l’évolution des mentalités est beaucoup plus rapide que la perception de cette évolution. Il en est de même pour tout un tas de sujets de société. Prenons la tolérance envers l’homosexualité : souvenez-vous, croyant suivre leur électorat, les députés de droite s’opposaient au PACS en 1999. Hé bien la majorité d’aujourd’hui renforce les droits des homosexuels dans l’approbation quasi-générale. Le fait que l’un des candidats à la tête du PS soit homosexuel et le dise sans jamais en faire une identité ne pose aucun problème. Les 3 ministres issus de la diversité (comme on dit) sont parmi les plus populaires, souvent en raison de ce qu’elles représentent et de leur parcours. Même Rachida Dati qui ne se distingue pas par l’excellence de son œuvre à la justice brille dans les sondages en raison de son histoire ! La France est beaucoup plus ouverte qu’elle ne le croit elle-même. Impossible de mesurer si les Américains le sont plus ou moins que les Français mais –comme le montre le succès de Barak Obama - leur système de fabrication des élites, notamment politique, est bien plus réactif et donc plus démocratique que le notre. Voilà sans doute la vraie différence.

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