**Vous commentez deux événements ce matin : la disgrâce de Rama Yade et la commission d’enquête parlementaire consacrée aux sondages commandés par l’Elysée… A priori aucun rapport !A priori seulement. En fait l’abus de consommation de sondages quasi quotidien de la part de l’Elysée et la disgrâce de Rama Yade sont, tout deux, des symptômes du mal dont est atteint la sarkozie deux ans et demi après l’élection. Le cas Rama Yade d’abord. Rappelons-nous ce qu’était le sarkozysme, ce qu’il affirmait avant l’élection et qui a contribué à sa victoire. Le sarkozysme c’était le retour du politique, le retour du caractère en politique… souvenez vous quand Nicolas Sarkozy ruait dans les brancards du gouvernement auquel il appartenait en 2004, Jacques Chirac devait taper du poing sur la table : «je décide, il exécute » cette phrase du Président d’alors apparaissait, à l’époque, comme la manifestation du caporalisme insupportable et dépassé qui régnait dans la majorité. Le Nicolas Sarkozy de l’époque prétendait dépoussiérer le discours politique et demandait que le monde politique en général, la majorité en particulier acceptent et assume les débats même au sein du gouvernement. Rama Yade est entrée en sarkozie séduite par une certaine forme de modernité que représentait Nicolas Sarkozy. Il y avait certainement aussi une dose d’opportunisme et d’ambition personnelle dans la démarche de la jeune femme, mais c’est bien le Sarkozy, équarisseur de dinosaure politique qui a plu à Rama Yade et c’est bien la jeunesse, le tempérament, facteur de renouvellement, autant que la couleur de peau de Rama Yade qui avait semblés utile au candidat de l’UMP. La gouvernance du futur Président Sarkozy s’annonçait révolutionnaire. Il prônait d’ailleurs la « rupture »…quelques jours avant l’élection il disait encore « je veux changer la pratique de la République : plus de simplicité, plus de proximité, plus d’authenticité. ». Une définition qui ne cadre pas avec la généralisation des éléments de langage imposés aux ministres, d’un discours univoque et stéréotypé. Nicolas Sarkozy avait aussi prononcé, pendant sa campagne, des phrases explicites sur la nécessité de remettre les droits de l’Homme au cœur de la politique étrangère de la France. En réalité Rama Yade est beaucoup plus sarkozyste, (canal historique) que tous ses collègues ministres qui lui tombent dessus avec le même allant panurgien que quand ils défendaient mordicus la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, avant que le président décide que ce soit une bêtise. Avec ce que Nicolas Sarkozy a dit de Rama Yade dans cette interview nocturne d’hier, on se demande toujours pourquoi il ne se sépare pas de sa secrétaire d’Etat aux sports ? Et quand vous vous le demandez, qu’est-ce que vous vous répondez ?Deux choses. D’abord, peut-être que le président sent ce petit noyau de sarkozysme originel chez Rama Yade. Et puis il y a les sondages. Et nous voilà au deuxième volet de notre oscultation du sarkozysme. Rama Yade est très populaire. Sans doute parce que malgré, une capacité confondante dans le maniement de la langue de bois de rattrapage, après chaque prise de position dissonante, les français sentent qu’elle n’est pas formatée et qu’elle a du caractère. Et il se trouve que Nicolas Sarkozy est accroc aux sondages et aux enquêtes d’opinion. Cet instrument lui permet de gérer ses annonces multiples et d’adapter son discours. Mais c’est un instrument qui, utilisé à outrance, est illusoire, au sens où il donne l’illusion d’être en contact avec la réalité du terrain. L’abus de sondages, pour ce qu’ils coûtent, comme pour ce qu’ils induisent dans la façon d’agir, ne colle pas non plus avec le retour du politique, avec le retour de la responsabilité, avec, je re-cite le candidat Sarkozy 2007 « la nouvelle pratique de la République : plus de simplicité, plus de proximité, plus d’authenticité. ». Peut-être qu’une partie de la solution au problème de gouvernance actuelle se trouve dans l’application, deux ans et demi après avoir été théorisé, du sarkozysme qui nous avait été présenté pendant la campagne.**

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