Ce matin, vous vous intéressez à l’émergence d’un courant réactionnaire, en marge du FN.

Oui, plutôt la réémergence de ce courant. L’Express nous apprend d’ailleurs que P.Buisson, E.Zemmour et P.de Villiers se réunissent toutes les semaines et parfois avec une poignée de jeunes journalistes et intellectuels de cette droite catholique identitariste qui s’est vue renaitre à l’occasion, notamment, de la Manif pour tous. Une droite pas politique, au sens organisationnelle du terme, mais très visible en ce moment parce que ses héros connaissent des succès de librairie et parce qu’elle offre de vrais morceaux d’idéologie brute et clivante au spectacle politique plombé par la suprématie déprimante de l’économie. L’attrait de la rupture, de l’anti-politiquement correct (c’est-à-dire du consensus), le besoin pour certains programmes télé de se distinguer dans l’océan médiatique tel qu’il est devenu, a donc rencontré ces personnages et leurs vieux concepts. Dans le domaine de l’écume idéologique des débats médiatiques, il en va donc comme dans la mode vestimentaire. Il y a des cycles, le rétro. Là, c’est le retour du jabot et de la chevalière. Cette vieille-nouvelle droite représente une transgression propre, bonne cliente, divertissante pour enflammer les plateaux et les réseaux sociaux.

Un retour qui a quand même de quoi surprendre !

Oui, depuis les années 80, les politologues considéraient plutôt que la fameuse tripartition de la droite selon René Rémond (qui date de 1954) était dépassée. La droite dite légitimiste, en particulier, n’existait plus. On rangeait le FN dans la catégorie « bonapartisme ». Et bien revoici donc le légitimisme ! Attention cependant, une mode médiatique ou littéraire ne fait pas forcément un vrai courant politique. Antirépublicaine, nostalgique de la France des cathédrales, un peu pétainiste, antilibérale et surtout (nouveauté dictée par le contexte migratoire) identitariste, cette droite a lu Gramsci. Elle rêve depuis toujours (même quand elle était oubliée dans les greniers de la France à particule), elle rêve de remporter quelques victoires culturelles. Le retour des valeurs familiales traditionnelles, la suprématie de l’art classique et folklorique enraciné, l’ostracisation de l’homosexualité, de l’IVG, du féminisme qui aurait émasculé le pays tout entier. Une France, en réalité blanche et catholique… Il y a derrière cette idéologie une forme de "racialisme", d’ethnicisme quasiment assumé. Le caractère provocateur, guerre culturelle, bataille contre les dominants, n’est pas sans rappeler les procédés du gauchisme des années 70. On pourrait donc parler (je dépose le terme) de ‘droitisme’. Les droitistes rêvent du destin des gauchistes qui, pensent-ils, ont gagné la guerre culturelle ces dernières décennies. Mais la différence (de taille !), c’est que le gauchisme était, certes, une branche nouvelle et tapageuse des Lumières, de l’universalisme, mais il ne recyclait pas de vieilles idées vaincues. Le droitisme, lui, n’invente rien, il fouille les poubelles de l’histoire idéologique. Le plus probable (à moins de prôner la guerre civile ou l’apartheid dans ce monde destiné à se mélanger et se métisser), le plus probable donc, c’est que le ‘droitisme’ ait le destin éphémère de toutes les poussées réactionnaires depuis la Révolution.

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