L’appel au secours des juges pour enfants de Seine-Saint-Denis...

Oui, alors que l’actualité est dominée par la colère des automobilistes qui voient le prix de l’essence revenir à celui de 2012, osons ce hors-sujet parce que la misère de la Seine-Saint-Denis a peu de chance de faire la Une ! Revenons donc sur la surprenante réponse de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, hier à ce micro, à l’appel des juges pour enfants de ce département populaire. Je résume : ces juges expliquent que leur travail est devenu fictif... leurs décisions ne sont pas appliquées. Il faut plus d’un an avant qu’une prise en charge éducative des enfants victimes soit effective. Ailleurs, c’est immédiat ou très rapide. S’agissant de protection de l’enfance, on ne peut pas faire pire en matière d’injustice et d’inefficacité. La garde des sceaux a répondu à cet appel par une vérité technocratique qui est aussi une défausse : l’application des décisions de justice en matière d’aide à l’enfance est, effectivement, du ressort du département. L’Etat, lui, aurait fait son travail et pris en compte la spécificité sociale et sécuritaire du département en augmentant le nombre de juges et de greffiers au tribunal de Bobigny. Mais ce n’est pas en augmentant la taille du couteau que l’on fait plus de tranches… La Seine-Saint-Denis n’a pas les moyens d’appliquer les mesures coûteuses que la justice rend... Dans l’ambiance générale du moment, le cri de ce département urbain ne reçoit comme réponse qu’une sorte de haussement d’épaule fataliste... ‘Encore le 9-3, le département des danaïdes, aux problèmes insolubles’ ! 

En quoi la réponse de la garde des sceaux vous paraît être une défausse ?

Parce que dans le cadre du contrat Etat/départements, ces derniers n’ont pas le droit d’augmenter leur budget de plus de 1,2%, alors que les frais sociaux de la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune, réceptacle d’une grande partie de la misère, explosent. L’Etat était censé compenser le RSA et d’autres prestations versées par les départements. Mais il ne le fait pas entièrement et il reste 300 millions à la charge de la Seine-Saint-Denis. Ce département compte plus de 1200 mineurs isolés et l’Etat ne rembourse que 10% de leur prise en charge, ce qui plombe le budget de l’aide sociale à l’enfance... Défausse parce que dans bien d’autres domaines (sécurité, éducation), la Seine-Saint-Denis a plus de besoins, mais aussi énormément de potentiel et de dynamisme du fait de sa pyramide des âges très avantageuse. Elle est pourtant scandaleusement sous-dotée ! C’est un défaut d’investissement ! Un gâchis d’avenir autant qu’une injustice du présent ! Les enfants y ont les profs les plus inexpérimentés et le plus de vacataires ! Le plan banlieue de JL.Borloo a été retoqué, la seule mesure emblématique que le gouvernement affiche à l’envie, c’est le dédoublement des petites classes en REP. Les territoires ruraux, très représentés dans les assemblées, font entendre leur voix, à l’occasion de la hausse du prix des carburants... Pour la Seine-Saint-Denis, c’est autre chose, son image de département des immigrés, l’idée (fausse mais répandue) qu’elle est un puits sans fonds pour les subsides de l’Etat, ne lui permet pas de trouver beaucoup d’avocats pour sa défense face à l’incroyable injustice territoriale qu’elle subit.

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