Le risque du glissement autoritaire.

Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux du gouvernement Castex
Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux du gouvernement Castex © AFP / Ian Langsdon

Il ne s’agit pas de dire –comme certains- que la démocratie est en danger… mais une série d’évènements, de mesures, d’attitudes politiques dessinent un sale temps pour les libertés publiques

L’état d’urgence sanitaire d’abord

Personne ne le remet en cause. Le gouvernement, bien sûr, doit pouvoir être efficace et prompt. Pendant un temps, certaines de nos libertés (de commercer ou d’aller et venir) sont réduites par nécessités bien comprises. C’est le Parlement qui encadre l’état d’urgence, autorise l’exécutif à agir avec moins de contraintes légales que d’habitude. 

Mais quand le gouvernement veut se donner cinq mois sans vote de renouvellement, alors que lors des sept derniers mois, il y a eu quatre votes, donc quatre débats… ça ressemble à un abus de pouvoir

Déjà, du fait de nos institutions, les députés ne discutent pas des mesures à prendre, il serait juste qu’au moins, comme le réclament les oppositions, les votes d’autorisation (et donc les débats sur l’efficacité de la politique menée) soient beaucoup plus fréquents. 

Un autre indice de ce recul du droit : ces collectivités locales qui prennent des arrêtés de réouverture de commerce. Elles savent pertinemment que leurs décisions sont illégales et seront annulées par le juge administratif. C’est donc une instrumentalisation de la justice avec des motivations démagogiques. 

Et puis il y a ce projet de loi ‘sécurité globale’ en discussion

L’actualité est très lourde, voilà la raison principale du silence qui entoure ce débat… Parce que là se joue un vrai glissement autoritaire

Le nom, effrayant, de cette loi ('sécurité globale') sonne comme une caricature. Le gouvernement veut ajouter au projet une disposition pour protéger les policiers. 

Certains policiers sont, c’est vrai, ciblés, filmés, identifiés personnellement, livrés aux réseaux sociaux, puis harcelés, parfois agressés. Il faut les protéger. De là à interdire que l’on filme l’action des force de l’ordre, voilà une atteinte démesurée à la liberté d’informer

Les députés de la majorité affirment qu’il ne s’agit pas d’une interdiction de filmer et qu’il y a aura des garanties. Mais le ministre de l’Intérieur dit le contraire ! 

Et surtout, les journalistes le savent bien, sur le terrain, quelles que soient les garanties, il sera, si la loi passe, très difficile de s’opposer aux policiers qui refuseraient d’être filmés. Voilà le genre de mesures propices aux excès incontrôlables qui illustrent cette idée de pente sécuritaire. Or le maintien de l’ordre doit se faire au grand jour, en toute transparence. 

Éric Dupond-Moretti, garde des sceaux, qui, s’il était encore avocat, se joindrait aux protestations contre cette suppression d’une liberté basique, garde plus le silence que les sceaux sur le sujet. L’évolution et l’accroissement des périls sanitaires et terroristes nécessitent des adaptations du droit, parfois des parenthèses contrôlées, proportionnées au droit commun, mais tout se passe comme si l’actualité angoissante agissait comme un éteignoir de notre vigilance et de notre amour des libertés. 

L'équipe