Crise financière, des mots clefs ont été prononcés ce week-end. Le « capitalisme financier », comme dit Nicolas Sarkozy (on reviendra sur ce terme), c’est un monde fait de jeux d’écritures et de paris sur des richesses souvent virtuelles. De ce fait, il faut bien l’avouer, si on n’est pas spécialiste, on ne comprend pas grand-chose à cette crise. On voit bien que ça va mal, que le monde économique et politique s’agite, s’affole, même si aucun banquier ne s’est encore jeté par la fenêtre. Mais, pour l’instant – par rapport à il y a 3 semaines - rien, dans la vie de tous les jours, ne se manifeste comme un effet de la crise. Donc, pour l’expliquer, il faut trouver les mots et surtout en éviter certains. Voilà pourquoi le fameux mot « récession » n’a été admis, devant l’évidence - que ce week-end seulement par Eric Woerth. Christine Lagarde, reine de l’oxymore avait bien tenté de nous vendre « une croissance négative » parce que « Récession » est un mot piège comme « défaite, recul ou échec ». Que l’on dise le mot ou non, la réalité n'est pas la même, parce qu’en politique, le mot est bien souvent, en lui-même, une réalité. Si l’on dit que l’on est en « récession », cela veut dire que nous ne connaissons plus de croissance. Or, la croissance est une sorte d’éthanol qui permet aux salariés d’accepter les inégalités. Pendant la période d’après guerre, la croissance a été le facteur de réduction des inégalités. Depuis 20 ans, ce n’est plus vrai mais nous vivons toujours sur ce mythe que pour réduire les inégalités, il faut bien créer de la richesse à redistribuer. Il se trouve qu’elles se redistribuent à l’envers et que l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît. C’est l’analyse tout à fait cynique de Henry Wallich. Henry Wallich était le gouverneur de la Réserve Féderal américaine entre 74 et 86 et il disait « la croissance est un substitut à l’égalité des revenus. Tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir et cela rend tolérable les grands écarts de revenus ». On comprend mieux après avoir entendu ça, pourquoi un homme politique français – pays ou l’égalité est une valeur cardinale - aura beaucoup de mal à avouer que nous sommes en récession ! Nicolas Sarkozy a dit qu’il voulait un « capitalisme entrepreneurial plutôt qu’un capitalisme financier ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Si ce n’est sans doute qu’il faut moraliser et encadrer le capitalisme tout court, cette phrase ne veut strictement rien dire. C’est une phrase purement politique, une formule tout à fait creuse mais certainement très efficace puisqu’elle bipolarise : Un capitalisme entrepreneurial, donc un bon capitalisme est – on l’imagine - un capitalisme fait d’entrepreneurs qui créent des richesses à partir de leur productions. Ils ne comptent pas sur la spéculation pour s’enrichir et celui qui prend des risques industriels avec son argent peut perdre ou gagner beaucoup, rien de plus normal. L’autre capitalisme, celui qui nous a mis dans la panade, spécule et s’enrichit sur du virtuel, c’est malsain et dangereux. Sauf que ces deux capitalismes dans la réalité sont les mêmes. Renaud ou Total ont des salles de marché, une PME qui veut exporter, prendra des assurances contre les variations des taux de changes, ça fait des fonds qui ne représentent rien et qui seront mis dans le circuit financier par les banques. Même la SNCF couvrait son risque de change chez Lemman Brothers ! Un fond financier qui rachète une industrie exigera des taux de rentabilité tels que l’industriel devra spéculer plutôt que produire pour atteindre ses objectifs - les méchants et les gentils sont les mêmes, les meilleurs amis du Président, ces grands entrepreneurs que sont Bouygues, ou Lagardère, quand ils dégottent un marché, ils empochent un gros chèque ! Ils ne le mettent pas à la caisse d’épargne, ils ne le réinvestissent pas à 100 %, ils le placent et spéculent et donc alimentent largement le mauvais capitalisme. Mais... « Déguisés sous des mots biens choisis, les théories les plus absurdes se font accepter », voilà ce que disait Gustave le Bon.

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