Ca a été un succès indéniable, une belle opportunité saisie par la gauche. La confirmation de ce que l’on savait déjà : les français sont attachés à leurs services publics. Mais soyons honnête c’est quand même un peu le succès de la question de savoir si l’on préfère le soleil à la pluie ! Les français aiment la Poste. Dans notre inconscient collectif le service public de la poste c’est le service public du café offert par le paysan du bout du chemin au facteur, c’est le service public du petit mot gentil et quotidien à une personne âgée qui ne recevra pas d’autre visite de la journée, c’est le service public qui ne représente aucune autorité menaçante, l’uniforme qui ne fait pas peur, c’est cette grosse boite jaune, mobilier urbain qui fait partie de notre environnement rassurant comme une vieille commode de famille, c’est le calendrier acheté au facteur et posé sur la même commode…Le facteur à l’ancienne peut représenter l’Etat au plus proche de la population, au cœur des vies et donc, d’une certaine façon le mot « fraternité » qui semble toujours être le laissé pour compte du triptyque Républicain. On ne décrète pas la fraternité comme on peut légiférer pour garantir la liberté ou l’égalité. En langage politique d’aujourd’hui on dit le « lien social » ou utilise l’horrible slogan récupérateur, le fameux « vivre ensemble ». Voila l’image que nous avons tous de la Poste. Elle a des couleurs d’Amélie Poulain, la bonhommie Chti de Dany Boon, la simplicité du facteur Déodat de Marcel Aymé dans la Jument Verte. La poste est un monument français. On ne retient pas les queues interminables aux guichets surchargés de banlieue. Ni les employés à qui on demande d’être des vendeurs et qui ne sont pas toujours aimables après des heures à se faire engueuler par l’usager qui se prend pour un client. L’usager-client qui constate qu’on essaye de le refourguer une enveloppe pré-timbrée plus chère. Cette poste là, dans laquelle le facteur à vélo de Jacques Tati aurait été un piètre employé, c’est aussi la Poste d’aujourd’hui, celle d’un service public qui ne manque pas que de moyens dans le monde d’internet et de la concurrence. C’est la notion même de service public qui est en crise…Oui et chez nous une crise de la notion de service public c’est (ni plus ni moins) une crise identitaire ! La notion de service public est née à la fin du XIXème de la jurisprudence du droit administratif qui lui a donné un poids grandissant au fil des ans, c’est une notion inscrite au préambule de la constitution de 46, reprise en 58 mais c’est surtout un bien commun en perdition. Faut-il le faire évoluer, l’adapter, le moderniser ?…tous ces verbes généralement utilisés pour nous faire comprendre que la Poste de Papa, ce n’est plus possible, raisonnent de la même façon : évoluer, adapter, moderniser veut forcement dire rentabiliser. Nous y voila : l’Etat jure ne pas vouloir se désengager de la Poste mais veut transformer son statut. Tout le monde a GDF en tête. Or, la solidarité et la rentabilité ça ne va pas ensemble, plus le temps de prendre ce petit café au bout du chemin. Mais l’Etat n’a plus d’argent…Tous les ingrédients de l’inextricable sont réunis. Alors que faire ? Un grand débat national ? Un referendum ? Pourquoi pas, en tout cas la façon hautaine avec laquelle Christine Lagarde en a rejeté l’idée la semaine dernière sur France Inter apparaît aujourd’hui un peu déplacée mais pour qu’un éventuel référendum ait un quelconque intérêt, la question posée ne pourrait certainement se résumer à une question de statut, une question du genre : préférez vous le bien au mal, comme la gauche l’a proposée aux français ce weekend.

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