Focus sur les trois invités de ce matin. On commence par François Hollande.

François Hollande est le favori. Attention ! Le favori des sondages, il faut préciser si l’on ne veut pas se faire trucider par les cinq autres ce matin et demain… Il est donc détenteur de ce titre aléatoire, peut-être totalement bidon, on ne le saura que dimanche soir. Néanmoins, pense-t-il, ça lui donne des obligations. Il se doit déjà d’avoir l’air de concourir à la présidentielle et comme, pour ce qui est de la présidentielle, (la vraie !) il est encore plus favori que pour la primaire, ça lui donne encore plus d’obligations. Il se doit d’avoir l’air carrément d’un président. Du coup il trimbale de plateau en plateau sa nouvelle gravité. Parfois on perçoit un peu trop l’effort qu’il fourni sur lui-même pour ressembler à une statue d’empereur. Il prend des airs de César, alors qu’on sait qu’il brûle de dire une bonne petite vanne, même si personne ne peut nier que le poids de l’Histoire doit réellement commencer à peser sur un homme qui s’entend dire toute la journée que, le plus probable c’est que, dans sept mois, il soit chef de l’Etat. Mais François Hollande c’est aussi un positionnement inédit pour gagner à gauche : le centre gauche. Il répète qu’il ne faut pas oublier le premier tour mais il adopte déjà une posture modérée et rassembleuse de deuxième tour. C’est une tactique osée dictée par l’ampleur de la crise. Une tactique et des convictions « mainstream » qui permettent de briller dans les sondages, donc dans les médias. Permet-elle de gagner une primaire socialiste ? Personne ne peut encore le dire.

Manuel Valls.

Ceux qui ont suivi sa campagne, et encore lors du débat d’hier soir auront remarqué ce tique révélateur qui encombre le discours du député maire d’Evry. Il ne cesse de dire « être de gauche, c’est… » et puis après il développe. Je ne voudrais pas faire de la psy de cuisine mais quand on passe son temps à répéter : « être de gauche c’est… » ça veut quand même dire qu’au départ ça ne va pas de soi. C’est un peu comme pour Nicolas Sarkozy qui commence nombre de ses interventions improvisées par « être Président de la République c’est… » comme s’il avait pris conscience qu’il ne faisait pas spontanément président. Dans le cas de Manuel Valls il faut dire que depuis le début de sa carrière politique on lui fait ce procès en sorcellerie : « tu n’es pas de gauche !». Mais le meilleur argument de celui qui fut conseiller de Michel Rocard puis de Lionel Jospin c’est que les positions du PS sur la sécurité et même sur l’économie d’aujourd’hui sont en réalité les siennes depuis longtemps. Ça ne suffira sans doute pas pour gagner la primaire mais ce sera utile pour jouer un grand rôle dans la campagne présidentielle quand il s’agira de s’adresser à l’ensemble du pays.

Enfin, Arnaud Montebourg.

Arnaud Montebourg semble réussir en cultivant un certain paradoxe. Il gagne en audience dans cette primaire socialiste à mesure qu’il s’éloigne du programme économique des socialistes ; c’est sans doute assez efficace pour faire des voix à la primaire mais ça risque de limiter son rôle dans l’après (s’il ne gagne pas bien sûr). Arnaud Montebourg ne pourra plus défendre ses positions économiques… Il faudra même qu’il les abandonne corps et biens. En attendant son autre atout est aussi dans une forme de toupet grandiloquent dont on ne sait pas s’il est fait d’une certaine autodérision ou s’il y croit vraiment. Les « j’approuve ce message » qui rappellent les candidats américains et autres « chers concitoyens » qui fleurent bon le sépia-républicain font d’Arnaud Montebourg un vrai personnage bien singulier dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il n’est pas formaté.

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