La droite et le territoire…

LR (les républicains), a décidé de se reconstruire en menant une mission dite « territoire ». LR veut être le parti de la France rurale et oubliée, face à un Emmanuel Macron qui serait, selon un portrait peu avantageux, le président des seules métropoles, des citadins qui vont bien, de cette population à l’aise dans la mondialisation, de ces Français 4G et wifi, bons pour la société de mobilité qui vient. Damien Abad et Guillaume Pelletier, députés en vue et coordinateurs de la ‘mission territoire’ ont dit d’Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse mercredi, qu’il était « le 1er président de la République à n’avoir aucune expérience d’élu local. Sa seul expérience –disent-ils- c’est l’ENA et la banque Rothschild… il a une méconnaissance totale des territoires». On est ici dans la caricature classique de la vieille droite d’avant-guerre. Les tenants de la « terre qui, elle, ne ment pas » d’Emmanuel Berl contre le président déraciné et banquier, savent exactement ce qu’ils font. Ils savent quels vieux nerfs de la société ils titillent, à la recherche de réflexes du peuple des enracinés contre les nomades de la finance mondialisée (autrefois on disait « apatride »). La politique consiste à mobiliser ou canaliser les énergies. Il y en a de plus ou moins positives, plus ou moins profondément enfouies. Les quelques déclarations destinées à présenter la « mission territoire » montrent que le parti de Laurent Wauquiez entreprend des forages en terres barrésienne. En 2011, Christian Jacob disait déjà de Dominique Strauss-Kahn : «ce n’est pas l’image de la France, de la France rurale, de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, et à laquelle on est attaché». C’est donc bien une tentation permanente d’une partie de la droite (et parfois même de la gauche) de confondre le territoire avec un terroir mythifié, symbole de pureté nationale. Aujourd'hui, avec les départs de ses modérés et de ses libéraux politiques, LR fait de ce filon sa principale ligne stratégique... estampillé donc "mission territoire".

Mais quand même, il y a un malaise des territoires ruraux…

Bien sûr... les inégalités territoriales, les centres de petites villes qui se vident, les suicides de paysans, les zones blanches, le repli des services publics sont les réalités d’une France gérée depuis des années par la droite et la gauche. La « mission territoire » prévoit d’écouter et de relayer le malaise rural mais ne propose pas de rompre, par exemple, avec l’agriculture intensive qui a détruit les paysages, réduit le nombre de paysans. La mission territoire est-elle, pour les circuits courts, le bio qui régénère les campagnes tout en permettant de retrouver le goût et la diversité des produits et des terroirs justement ? Est-elle favorable à l’augmentation des dépenses pour réintroduire les services publics au bout de chaque départementale ? Pas du tout ! La mission territoire de LR ressemble surtout à une « mission reconquête » d’une clientèle politique tentée par l’extrême-droite. Reconquête menée avec des mots difficiles à analyser sans risquer d’atteindre le point Godwin.

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