Plus de 137 000 amendements ont été déposés pour tenter de bloquer le projet de fusion Suez-GDF. On va certainement beaucoup parler de l'obstruction de la gauche à ce sujet dans le débat parlementaire qui s'ouvre demain à l’Assemblée. Pourtant la majorité est loin d'être elle-même totalement unie. Car ce texte est l'objet d'un marché de dupes, pour ne pas dire un jeu de C... à l'intérieur de la majorité Pourquoi? Parce qu'il y a un côté Scène et un côté Coulisses dans cette histoire. Côté scène, Bercy et Matignon affirment que tout va mieux à l'UMP. Et c'est vrai, le ministre de l'économie Thierry Breton a passé son été à convaincre personnellement les 150 députés dubitatifs sur la question de la privatisation de GDF. Caution suprême, Nicolas Sarkozy le 15 août a affirmé à la télé que l'heure était désormais au "rassemblement". Message subliminal : sur GDF, on rentre dans le rang. Le problème, c'est qu'en coulisses, la réalité est autre. La méfiance entre les 2 clans Villepin/Sarkozy, a atteint un tel niveau, qu'elle pourrit toutes les relations. Matignon craint tous les coups tordus. La proposition faite par Nicolas Sarkozy par exemple la semaine dernière, d'instituer un vote à bulletins secrets en cas de grève dans les entreprises a fait grincer des dents. "Il aurait voulu énerver les syndicats avant l'examen du texte GDF qu'il ne s'y serait pas pris autrement" s'exaspère un ministre villepiniste. Et puis des députés sarkozystes affirment eux avoir reçu le feu vert de leur patron pour poursuivre leur contestation. Samedi à Marseille, il leur aurait confié: "je me suis rallié pour ne pas provoquer une crise gouvernementale, mais tout vaut d'être débattu"... Les proches de Dominique de Villepin parlent donc "d'épreuve de vérité" à l'occasion de l'examen de ce projet de loi, "Nicolas Sarkozy en a-t-il fini avec le double jeu ?" Mais c'est ce climat là qui explique pourquoi le premier ministre semble d'ores et déjà exclure l'utilisation du 49.3. Il s'était servi de cette arme institutionnelle pour passer le CPE il y a 5 mois, et il a dû assumer seul l'impopularité de la mesure, pour reculer seul, en rase campagne quelques jours plus tard. Pas question de recommencer."La première fois qu'on se trompe, c'est une erreur rappelle un de ses amis; la deuxième fois, c'est une faute!!" Quel est l'avenir de ce texte ? Il n'y a pas 36 solutions. Malgré ses 137 000 amendements, la gauche abandonne son combat d'obstruction. Peu probable. On va jusqu'au bout de la montagne d'amendements encore moins probable. Bercy affirme qu'il faut 6 ans pour tout examiner. D'ici 3 semaines, le gouvernement dégaine le 49.3. Pas envisagé pour l'instant on l'a vu. Dernière solution : face au blocage, il suspend la discussion et la reporte. Mais l'approche de la présidentielle exclut d'y revenir au printemps Résultats : Gauche, UDF et sarkozystes deviennent des alliés objectifs dans cette course de lenteur qui commence demain : tous souhaitent en réalité que ce sujet qui touche à l'indépendance énergétique de la France, soit débattu pendant la campagne présidentielle.

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