Nicolas Sarkozy est en Alsace aujourd'hui et demain. Le président de la république et le gouvernement vont y tenir un conseil des ministres décentralisé. D'abord une confession, délivrée sous le sceau du secret par un élu de la majorité à propos du président de la République : "il a la trouille". Quoi Nicolas Sarkozy a peur ? Que peut bien craindre celui qui aime tant jouer les matamores ? Et bien ce que le président de la république redoute dans les mois à venir, ce sont les municipales. Premier test national depuis la présidentielle, elles seront aussi la principale épreuve électorale de son mandat - les régionales de 2010 ne pouvant être pire que les précédentes pour la droite. Ces municipales, c'est donc une sorte de "mid-term", le moment T où l'on jugera du degré de sarkozysation de la société. Le président ne doute guère des bienfaits de sa politique, mais il pose une équation simple : Primo, mars, c'est encore un peu tôt pour avoir des résultats. Deuxio, mars a contrario est un peu loin pour annoncer des mesures plus douloureuses que celles qui consistent à accorder des cadeaux fiscaux. La croissance est moins forte que prévue, le budget 2008 impossible à boucler, mais pas question de braquer maintenant les électeurs. Voilà pourquoi notamment, il ne devrait pas y avoir de décision sur la TVA sociale avant le printemps prochain. Tertio, mathématiquement, Nicolas Sarkozy sait qu'il ne peut que perdre ces élections. Pourquoi? Et bien parce que le crû 2001 avait été très bon pour la droite : 54 villes de plus de 30 000 habitants étaient tombées dans son escarcelle, un succès électoral occulté à l'époque par la victoire de la gauche à Paris, Lyon et Dijon. Résultat, au mieux la majorité présidentielle conserve ses villes, au pire, elle en re perd quelques unes, mais les commentaires semblent écrits d'avance : il n'y aura pas de nouvelle vague bleue ! Autant vous dire que Nicolas Sarkozy regarde de très près la carte électorale municipale. Réunions hebdomadaires à ce sujet à l'Elysée, l'une s'est tenue hier soir. On y scrute les résultats de 2001, on repère les cactus à droite, là où Ségolène Royal a fait de bons scores en 2007, Caen, Toulouse, Rouen ou Saint-Etienne. On cherche aussi évidemment les cactus à gauche, là où elle est affaiblie, ou se divise comme à Angers. Le président martèle un mot d'ordre à ses troupes, OUVERTURE. Ouverture à la société civile, aux femmes, aux "minorités" mais surtout à la gauche. Seul espoir de sauver les dégâts leur dit-il ! D'ailleurs, il pourrait lui, avant les municipales, débaucher encore une ou deux personnalités de gauche pour les faire entrer au gouvernement. Histoire de déstabiliser un peu plus encore l'adversaire. Pourquoi l'Alsace aujourd'hui ? Et bien parce que la première liste officielle d'ouverture a été annoncée à Mulhouse, ville de Jean-Marie Bockel, transfuge socialiste du gouvernement. Mais que cela ne s'est pas fait sans douleur! Les élus UMP ont mis du temps à avaler la pilule, eux dont la population a plébiscité Sarkozy à la présidentielle, les voilà empêchés de partir à la bataille contre la gauche, réduits à jouer les supplétifs ! Nicolas Sarkozy part donc en Alsace saluer le symbole de l'ouverture, mais aussi panser les plaies qu'elle occasionne. Il n'a pas l'intention de s'arrêter là. "Partout où il y a danger, où il pourra nous aider, il va venir et ça va arroser et arroser" confie confiant le maire sortant d'une grande ville. C'est ce qu'on pourrait appeler du tourisme municipal présidentiel - ça va durer jusqu'en mars.

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