Jacques Chirac ne sera donc pas présent au Tribunal pendant son procès .

Oui, et après avoir tout fait, tout fait faire, pour repousser ce procès et pour en éviter beaucoup d’autres, pour la première fois, Jacques Chirac a une bonne excuse ! Il serait inconvenant et sordide d’émettre un doute sur son état de santé. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : Jacques Chirac, le sympa Jacques Chirac, était une sorte de délinquant politique. En acceptant d’indemniser la Mairie de Paris, l’ancien maire de la capitale a avoué son forfait. Forfait pour lequel il a très peu payé puisque c’est l’UMP qui a remboursé une grande partie de la somme due ; c'est-à-dire, le contribuable puisque les partis politiques sont financés avec de l’argent public. Pendant douze ans, le président Chirac, chef de l’exécutif, donc tutelle du parquet n’a fait que retarder la marche de l’instruction, abuser de la procédure, fait réclamer des non-lieux, organiser sa propre immunité jusqu’à la renforcer en février 2007 par une réforme constitutionnelle pour aboutir à une immunité totale parfaitement absurde et abusive, inédite dans le monde démocratique. Auparavant, Jacques Chirac a eu une vie politique faite de clientélisme effréné, de piston généralisé, de distribution de prébendes sans précédent. Il fut un cumulard acharné, président d’un Conseil Général à 500 kilomètres de la capitale dont il était le maire, tout en étant député. Autant dire qu’il n’était véritablement rien de tout ça. Frais de bouches, octrois d’appartements de la ville de Paris à ses amis, aux enfants de ses amis, aux cousins des enfants des ses amis… Fallait-il qu’il soit sympa et fallait-il que l’on soit encore en période de prospérité, fallait-il que les chefs de la presse, soient à ce point servile, quand ils n’étaient eux même logés dans les beaux quartiers à loyer ridicule, pour que cette délinquance municipale, puis d’Etat vivent ses beaux jours sans encombre ? Même entre 1997 et 2002 avec un Lionel Jospin à Matignon qui fit preuve d’une incroyable magnanimité en freinant les ardeurs d’un Arnaud Montebourg qui voulait que la justice passe.

Oui mais Jacques Chirac est sympa !

Il est sympa. Qu’est-ce que ça veut dire sympa en politique ? Ca veut dire Jacques Chirac. Il aime les gens, il aime la France. Pour avoir couvert la campagne présidentielle de 1995, je peux vous l’affirmer, Jacques Chirac est sympa. On mange bien et on s’amuse bien à le suivre en campagne. Le voir chaque jour, de meeting en meeting, dire tout et son contraire, mentir pour se faire élire autant que pour faire plaisir aux autres, est un spectacle édifiant qui en dit long sur la complexité et les paradoxes du drôle de peuple que nous sommes. Jacques Chirac n’a tenu quasiment aucune de ses promesses de maire ou de Président, que ce soit celle de dépolluer la Seine ou celle de réduire la fracture sociale, mais il a évité une guerre stupide et ruineuse à la France et il aura été un rempare intraitable au rapprochement de la droite et de l’extrême droite. La popularité de Jacques Chirac est une définition de l’esprit gaulois tel qu’on ne peut pas vraiment le détester : indiscipliné, tricheur, jouisseur, ripailleur, amoureux des arts premiers et de la bière mexicaine, allant à la messe pour faire plaisir à sa femme et à son électorat conservateur tout en trompant allégrement, et sa femme, et ses électeurs sans que ni elle, ni eux ne lui en tiennent vraiment rigueur. La popularité de Jacques Chirac a plus à voir avec celle d’Arsène Lupin, qu’avec celle du général de Gaulle. François Hollande a bien raison de prendre son soutien avec une distance amusée et surtout avec des pincettes, de très longues pincettes.

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