Cécile Duflot réforme la loi SRU qui impose un quota de logements sociaux par commune… On passe de l’incitation à la contrainte.

Oui, parce que la planification n’existe plus et que l’incitation n’a pas marché dans ce domaine. La ministre du logement passe donc le seuil minimal de logements sociaux par commune de 20 à 25% à atteindre en 2025, multiplie les pénalités financières par cinq, pour les villes qui ne feraient pas l’effort suffisant pour atteindre cet objectif. L’Etat promet de mettre des terrains lui appartenant à disposition des villes qui auraient des projets de construction de logement sociaux. Alphonse Allais voulait mettre les villes à la campagne et Cécile Duflot veut mettre les banlieues dans les centres-villes. Et c’est vrai qu’il est plus compliqué de combattre la ghettoïsation luxueuse que de détruire des barres en grande périphérie des agglomérations. Un exemple, au hasard… A Neuilly, malgré la loi, seulement « 2% et quelques poussières » de logements sociaux. Beaucoup de villes aisées préfèrent payer les amendes. C’est un peu comme une Porsche Cayenne de 70.000 euros mal garée avec sur le pare-brise une contravention de 11 euros. L’enjeu de la mixité sociale n’est pas une lubie de bobos qui voudraient vivre dans un monde cool et métissé, c’est simplement la lutte contre la tendance à la segmentation sociale du territoire, nouveau facteur d’inégalités et de violences. Depuis la fameuse théorie de Michel Rocard, à la fin des années 80, qui consistait à repeindre les cages d’escaliers jusqu’au programme Anru, de rénovation des cités, on a surtout tenté d’œuvrer pour que les gens vivent mieux chez eux, là où ils sont mais qu’ils y restent. Il s’agissait aussi, (c’était utile mais limité) d’attirer, dans d’anciens quartiers dégradés de nouvelles couches de populations plus aisées. L’objectif de mixité sociale était là mais dans un seul sens : enrichir les quartiers pauvres. Il faut maintenant faire en sorte de redonner une place aux populations concernées par le logement social au cœur des villes même si en région parisienne, la migration des familles de la classe moyenne supérieure qui s’installent dans la proche banlieue Est, créent des zones dans lesquelles une réelle mixité sociale prend forme.

C’est la fameuse « boboïsation » de l’Est parisien

Oui, le quart nord-est de Paris plus un croissant de la petite couronne qui va de Montreuil à Clichy. On la caricature souvent cette « boboïsation » mais ces quartiers très mélangés sont vivants et tentent au moins de réinventer de nouveaux équilibres. A long terme, ce phénomène que les américains appellent la « gentrification » pourrait produire un renchérissement insupportable de ces zones et une migration des classes les plus populaires, un peu plus loin, au bout des lignes de RER s’il n’y avait pas un fort taux de logement sociaux. Le logement et l’urbanisme sont des enjeux transversaux, des manettes efficaces pour régler de nombreux problèmes de la société. En s’attaquant à la question du logement, de l’inégalité spatiale, en mélangeant les populations, on agit sur les niveaux scolaires, sur le temps et donc la qualité des transports, donc sur l’environnement, sur l’accès à la culture, sur la compréhension mutuelle, sur la sécurité. Certaines villes riches l’ont très bien compris : la très BCBG ville de Versailles a fait, depuis des années, de gros efforts. Le foncier y est élevé et pourtant Versailles atteint déjà les 20% de logements sociaux. Et l’on ne peut pas dire que Versailles soit devenue pour autant la capitale du rap ou une plaque tournante du trafic de drogue.

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