Ce matin on s'interroge sur la légitimité des manifestations des 12 et 23 septembre ?

La question est régulièrement posée, ces derniers temps, à Jean-Luc Mélenchon ou à Philippe Martinez. Pourquoi manifester alors que l’on vient de voter ? Après tout, la rue est forcément moins légitime que le parlement ou un président fraîchement élus. Les réformes mises en œuvre n’ont-elles pas été acceptées par le peuple lors des 4 tours de scrutin (présidentielle et législatives). Eh bien non ce raisonnement couperet ne tient pas… les partis et les syndicats ont toute légitimité à organiser des manifestations… et la rue en France, de par notre histoire et tous les droits et libertés qui y ont été conquis puis validés ensuite, est un lieu où s’exerce aussi une forme de démocratie du pavé foulé (sinon du pavé lancé). D’ailleurs imaginez que Marine le Pen ait gagné l’élection, ça ne viendrait pas à l’idée de grand monde (si ce n’est d’un pouvoir autoritaire) de considérer qu’il serait illégitime de manifester contre ce que l’on pourrait considérer comme des atteintes à nos valeurs fondamentales… même si ces atteintes ont été approuvées par une majorité (relative) de Français. Il y a, en ce moment, et s’agissant du contenu des ordonnances, une partie de la population qui estime que la République sociale est mise à mal. Alors bien sûr, parler de coup d’Etat social, à cause des ordonnances, comme le fait Jean-Luc Mélenchon, semble une disproportion destinée à ternir la légitimité d’un président élu par défaut. Il est possible que cette outrance rebute autant de monde (notamment des électeurs socialistes) qu’elle en attire…

Emmanuel Macron a quand même été clair pendant la campagne ?

Oui et voilà pourquoi le succès de la mobilisation contre ce projet, même impopulaire, n’est pas du tout acquis. Ce n’est pas par hasard si FO n’appelle pas à manifester alors que ce syndicat était en pointe contre la loi El Kormi pourtant moins ambitieuse.… E.Macron sait qu’il a été élu sur une proposition et une dynamique dégagiste… pas sur ses projets en matière de droit du travail. Mais ce constat est réversible parce qu’on peut aussi dire qu’il a été élu malgré son projet de réforme du code du travail ou avec celui-ci ! Le président est donc –ça va sans dire- totalement légitime à engager les réformes évoquées au printemps, même avec une procédure d’urgence prévue par la constitution. S’il y a néanmoins une forte mobilisation contre, si, le pays est bloqué et si l’opinion a le sentiment que ces blocages sont dus à un gouvernement obtus, alors la loi sera abandonnée. C’est ce qui s’est passé en 1995. Alain Juppé a retiré sa réforme après une manifestation de 2 millions de personnes… majoritairement soutenue par l’opinion. Mais Jean Chirac, qui s’était fait élire sur le thème de la réduction de la fracture sociale, n’avait pas annoncé, avant, la vraie teneur de ses réformes. Nous ne sommes pas dans ce cas-là. Donc, non, heureusement pour la vitalité quotidienne de la démocratie, une élection n’efface pas la légitimité d’une partie de la population à protester et manifester… mais une élection claire peut simplement tarir (un temps, un temps seulement) la mobilisation. Nous serons fixés le 12.

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