Ce matin, la gauche de la gauche et l’immigration

Oui la question se pose avec l’initiative de Sahra Wagenknecht, responsable de Die Linke, qui ambitionne de faire revenir au bercail de la gauche la partie de l’électorat populaire allemand tentée par l’extrême-droite. La gauche de la gauche allemande réinvestit donc la question migratoire, souvent jugée secondaire pour des raisons stratégiques et idéologiques. En parlant d’immigration, en décidant de ne plus systématiquement insulter les électeurs de l’extrême-droite, d’abord sujets à une forme d’angoisse sociale et identitaire, et pas forcément des racistes, en s’adressant comme disent les mélenchonistes «aux fâchés mais pas aux fachos», la gauche se retrouve sur la corde raide. Sahra Wagenknecht n’est ni raciste, ni nationaliste, ni islamophobe. Elle ne souhaite pas de durcissement du droit d’asile… Seulement elle déborde de la simple dénonciation d’un capitalisme qui favoriserait sciemment - en ouvrant les frontières - une sorte de surpopulation ouvrière pour peser sur les salaires. La jeune leader allemande dénonce, je cite,  «la bonne conscience de gauche en matière d’accueil» ou explique  que «celui qui abuse de l’hospitalité perd le droit à l’hospitalité». Propos, pour le coup, tirés de la pensée classique de la droite dure, que LFI ne pourrait pas valider.

Mais LFI ambitionne aussi de reconquérir les électeurs de l’extrême-droite

Oui, et dans ce cadre, il faut bien parler d’immigration. L’immigration est un sujet qui plonge depuis toujours la gauche de la gauche française dans des affres de contradictions conceptuelles. Déjà à la fin du XIXème siècle, l’un des fondateur du socialisme français, Paul Lafargue, disait ceci : «Le capitalisme puise dans le réservoir des meurt-de-faim de Belgique, d’Italie, d’Allemagne,  les bras dont il a besoin pour avilir le prix de la main d’œuvre nationale». Jules Guesde, face à une proposition de loi radical-socialiste visant à instaurer la préférence nationale à l’embauche, répond: « Ne chassons point les ouvriers étrangers, visons plutôt à en faire des ouvriers français. […] Il faut faciliter les procédures de naturalisation. Nous ne sommes pas une race, nous sommes une nation qui s’est formée depuis dix-huit siècles par les alluvions successives que cent peuples divers ont laissées sur notre sol », propos dans la logique du «prolétaire de les pays unissez-vous» qui conclut le Manifeste du parti communiste. Lors de son discours de rentrée à Marseille, JL Mélenchon a tenté une synthèse, s’inspirant de Jaurès, en fustigeant les patrons qui se constituent une armée de réserve immigrée à exploiter tout en disant aussi son admiration pour les marins de l’Aquarius. La LFI affirme, ces derniers temps, vouloir s’adresser directement aux peuples, dépasser le cadre des organisations partisanes de gauche, inventer un populisme dit positif. Cette volonté, pour l’instant, ne lui permet cependant pas de développer un discours simple sur l’immigration. Le populisme, par nature, ne s’accorde pas avec la pensée complexe. Et en matière d’immigration, si LFI devait commencer à simplifier, à se départir d’une pensée nuancée, elle se trahirait. Obligée, en urgence, de se pencher sérieusement sur la question migratoire qui risque de s’imposer lors des Européennes, LFI va vite toucher les limites de sa stratégie de populisme de gauche.

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