Ce matin, le mauvais usage des référendums...

L’exemple du Brexit illustre parfaitement le pire des usages que l’on puisse faire du référendum et les limites de la démocratie directe quand elle n’est pas précédée d’un long travail de démocratie participative. Alors que les Gilets jaunes et la crise de la représentation réinstallent l’idée –en France- de plus consulter le peuple pour les grandes (ou moins grandes) décisions, le cas anglais nous montre la voie à ne surtout plus suivre ! La règle devrait être de ne soumettre une question à référendum que si les conséquences de l’une ET l’autre des réponses possibles sont clairement établies. Ce n’était pas le cas pour le Brexit. Les électeurs qui s’étaient prononcés pour le maintien savaient exactement ce que leur vote engendrerait. En revanche, les Brexiteurs ne pouvaient pas avoir une idée précise des conséquences de leur vote, puisque quitter l’Union implique de renégocier un accord avec l’Europe. C’est sur la nature de cet accord et les conditions de la séparation que la campagne aurait dû avoir lieu. Mais la question –beaucoup trop complexe- n’a pas été abordée avant le vote. De ce fait, les pro-séparation se sentent trahis, puisque le Parlement n’arrive pas à trouver le chemin de la sortie pour laquelle ils ont pourtant voté. Il en allait de même pour le référendum de 2005 sur la constitution européenne. Le ‘non’ a gagné mais il était le produit de deux opinions divergentes : le non souverainiste et nationaliste de droite (majoritaire) et le non social de gauche n’avaient pas du tout la même vision de l’Europe. Ni de la façon d’honorer la victoire du vote négatif. Rester dans l’ancienne constitution ne satisfaisait pas plus les nonistes que les promoteurs du oui... et les nonistes ont eu l’impression de voir leur vote violé par le traité de Lisbonne, signé quelques années plus tard, qui réintroduisit la plupart des dispositions pourtant refusées par le peuple. Sentiment partiellement justifié parce que Nicolas Sarkozy avait été élu, entre temps, en promettant de signer Lisbonne. Reste quand même ce goût amer de déni de démocratie. 

Est-ce que ça veut dire que ces sujets sont trop complexes pour être traités par référendum ?

Non, au contraire... des chercheurs en sciences politiques, comme Loïc Blondiaux, qui sont favorables à une plus grande utilisation du référendum mais préconisent un mixte de démocratie directe et de démocratie participative. Il s’agirait de faire précéder chaque référendum d’une vaste consultation (pourquoi pas sur le modèle de la convention citoyenne tirée au sort) chargée de préparer la formulation de la question à soumettre au suffrage universel. Il s’agit aussi, par-là, d’établir clairement –et sans caricature- les conséquences de chacune des deux réponses possibles. On peut imaginer que si une telle méthode avait été utilisée pour le Brexit, les électeurs auraient eu à voter non par ‘pour’ ou ‘contre’ une sortie mais ‘pour’ ou ‘contre’ un processus avec, pourquoi pas,  les termes acceptables à négocier avec l’UE, suivi (après l’accord avec Bruxelles) d’un 2nd référendum de ratification. Face à la crise de la représentation, nos démocraties libérales vont devoir imaginer des systèmes subtils d’articulation entre démocraties directes, participatives et représentatives. 

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