La flamme olympique est à Paris et elle est devenue flamme de la discorde. Bulle et boulette pour des JO finalement terriblement boulets pour le pouvoir en place ! La Bulle de la flamme. A France Inter, nous sommes idéalement placés pour assister à la mi-journée à un spectacle inédit sur les quais de Seine, une bulle longue de 200 mètres nous dit-on, avec à l'intérieur, 65 motards, 100 policiers en rollers, autant de pompiers joggeurs, devant 16 véhicules, derrière 32, à côté, une vedette fluviale, et au dessus, un hélicoptère, pour surveiller l'avancée de cette bulle, vitesse annoncée 8 km/h, comme une bulle de savon qui glisserait le long des rues de Paris. A l'intérieur, le saint Graal ? Non. Un chef d'Etat puissant ou menacé ? Non. Le pape ? Même pas. Alors ? Une flamme, une flammèche censée symboliser l'esprit olympique. Une petite lueur donc protégée par une armada de services de sécurité. Pour empêcher quoi ? Ce que les Chinois qualifient tout à fait officiellement "d'actes de violence inacceptables", de ceux que l'on a pu voir hier sur le parcours londonien de la flammèche, pour empêcher donc ce que la Chine refuse de voir, et surtout veut nous empêcher de faire : dénoncer les atteintes aux droits de l'homme en Chine et au Tibet. Elle n'y arrivera pas, car à l'intérieur de cet étonnant dispositif policier, un signe de protestation autorisé : le petit bagde que les porteurs arboreront sur leur poitrine, "pour un monde meilleur". Et le long du relais donc, manifestations, banderoles déployées, et happenings annoncés. Reste qu'en transformant ce parcours de la flamme olympique, en Fort alamo ambulant, les autorités françaises semblent donner de curieux gages au régime chinois. La démesure du dispositif en dit long en tout cas sur la volonté de la France de ne rien faire qui puisse trop froisser, la Chine. La Chine qui aimerait tant imposer chez nous, le silence qu'elle fait régner chez elle. La boulette maintenant... Elle a été commise par la récidiviste Rama Yade ce week-end. En affirmant dans une interview au "Monde", que Nicolas Sarkozy mettait 3 conditions à sa présence à la cérémonie d'ouverture des Jeux en août prochain, la secrétaire d'état aux droits de l'homme modifiait tout à coup la teneur de la menace adressée à la Chine, et lui lançait carrément un ultimatum. Retour en arrière immédiat et fulgurant, recadrage sévère du ministre de tutelle, Bernard Kouchner. "Nicolas Sarkozy ne change rien, il évaluera la situation en temps utile". La menace d'un boycott n'est pas abandonnée mais elle reste une menace chuchotée, pas question d'élever la voix. On s'excuserait presque d'y avoir pensé. Certains voient dans cette cacophonie gouvernementale, une "diplomatie habile du ying et du yang", discours officiel de Nicolas Sarkozy, et ballons d'essais envoyés sur les côtés - ça ressemble à s'y méprendre à une vraie cacophonie toute bête, au moins à une diplomatie trébuchante qui illustre bien tout l'embarras de l'exécutif. Car, oui, cette bulle à Paris aujourd'hui, et la boulette de Rama Yade ce week-end sont autant de signes des ambiguités françaises. Protester oui, mais commercer d'abord. Menacer oui, mais commercer surtout même si l'on avait promis pendant la campagne, d'être le "président des opprimés du monde". Du coup, on assiste à un drôle de partage des tâches aujourd'hui ; des opinions publiques qui manifestent, dénoncent et protestent, tandis que le pouvoir, lui, protège et tergiverse. Une fois la flamme partie de Paris, c'est à Pékin début août, à la cérémonie d'ouverture que chacun se retrouvera, et là, Nicolas Sarkozy devra seul sortir de ses ambiguités : y être ou s'en dispenser. Protester ou commercer.

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