Donc, Emmanuel Macron crée En Marche, un mouvement politique. Veut-il devenir président ?

Oui ! bien sûr. Sans doute pas en 2017 parce qu’il pense que le président sera candidat. Mais il ne doute pas non plus que le président a toutes les chances de perdre. Macron est donc En Marche pour plus tard (En Marche, E.M comme les initiales d’Emmanuel Macron…). Il sera loyal à François Hollande jusqu’au bout et le bout n’est pas loin. Loyal ne veut pas forcément dire supporter parce qu’en présentant ses idées, le ministre de l’Economie a bien expliqué qu’on ne pouvait plus promettre et A et B, si A et B sont incompatibles. Condamnation claire l’art de la synthèse hollandaise. Un art que le président s’apprête à exercer de nouveau puisque, s’il est candidat, dit-on à l’Elysée, il se positionnera en point d’équilibre de la gauche. Pour être sur ce point d’équilibre il faudra promettre et du A et du B incompatibles. Bref, Emmanuel Macron ne croit plus en François Hollande. Il n’a même pas prononcé son nom hier soir. D’ailleurs il ne croit plus en la division Droite/Gauche. Il n’a cité le PS qu’une seule fois… Et c’était pour indiquer que son mouvement, En Marche, acceptait la double appartenance avec le PS ou (LR !).

Quelle est la pensée politique macronienne présentée hier soir à Amiens ?

Libérale, en tout point. Pas libérale comme la droite française, ni même anglo-saxonne, c’est-à-dire, un brin autoritaire, et conservatrice… non, plutôt libérale à la mode Trudeau, du nom du nouveau 1er ministre canadien. Libérale en matière économique comme en matière sociétale, c’est-à-dire politiquement ambidextre. Il ne souhaite pas adapter ou sauver notre modèle hérité de 1945 (ce qui est une transgression majeure) mais le changer, pour un modèle compatible avec la mondialisation numérique qui transforme le monde. Soit nous entrons en décadence économique, dit-il, soit nous réinventons les règles de la prospérité dans le cadre de la mondialisation numérique. Pour ça, il faut créer la possibilité du risque. En France, affirme-t-il, on n’a ni le droit d’échouer ni celui de réussir. Macron veut dédramatiser le risque avec de nouvelles sécurités personnelles. Sécurités qui ne s’appuieraient plus sur un statut, une corporation, une position établie mais sur des droits qui suivraient un parcours professionnel très varié tout au long de la vie. Ce libéralisme se veut humaniste parce qu’il reconnaîtrait le droit à l’échec, et à l’école, et dans les affaires. Et aussi parce que l’un de ses maître-mots c’est ‘ouverture’. De ce point de vue, il associe (ce doit être le seul point commun avec la Nuit debout !) le mot ‘immigration’ et le mot ‘chance’. Le ministre de l’Economie fait volontiers référence aux quartiers difficiles, à la discrimination que subissent ses habitants et au grand bénéfice que ces derniers pourraient tirer d’une société plus ouverte, moins arque-boutée sur ses statuts dont ils sont souvent exclus. Bref, une société uberisée mais qui paierait ses impôts en France. Et enfin il existe un angle mort volontaire dans le discours macronnien : celui de l’identité. Hier soir, pas de marseillaise, pas de drapeau tricolore, pas de ‘vive la République’ aucune référence à ce que c’est que d’être français. Et ça, au fond, en ce moment… c’est assez reposant.

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