Je ne voudrais pas casser l’ambiance ou relativiser le formidable évènement que représente la venue ce matin de Martine Aubry, mais franchement, Martine Aubry n’ayant rien dit pendant une semaine, au bout de trois jours on commençait à en parler comme si elle avait disparue, otage de talibans lillois ou d’un groupe indépendantiste ch'ti… C’est tout juste si on n'allait pas installer son portait sur la façade de l’hôtel de ville de Paris avec ce slogan « rendez-nous Martine! ». C’était quasiment la traversée du désert... Le Journal Du Dimanche titrait avant-hier « Martine Aubry sort de son silence »… En fait Martine Aubry traverse régulièrement des bacs à sables…franchement, on ne peut pas dire (j’espère que Martine Aubry ne m’en voudra pas) qu’elle nous manquait déjà. En fait, nous sommes tous victimes du temps politique qui s’est considérablement accéléré ces dernières années. On mesure le bruit d’un politique plus que son action, on dit qu’il eu une bonne « séquence » et l’on admire l’horrible buzz de sa dernière sortie. Comme si pour exister, être important, bien faire son métier de politique, il fallait être là tout le temps et partout. La plupart des commentaires émerveillés sur la sortie de Ségolène Royal qui s’est déclarée candidate la semaine dernière, ont salué d’abord le sens du timing de celle qui a su « occuper le terrain » que la patronne du PS avait déserté depuis trois jours. Etre là, combler l’insupportable silence, rassasier la soif des médias voraces. Voilà ce que nous demandons aux politiques. C’est encore de la faute des médias !?Nous avons faim! Internet, les chaines de télé tout-info ont de gros tuyaux à haut débit qu’il faut alimenter en permanence et à l’UMP comme au PS, la concurrence interne est rude. En nous fournissant des réactions et annonces en tous genres, les politiques irriguent nos canaux. Nous devenons des robinets de politique. Vous avez remarqué que dès que survient un événement on demande aux élus « quelle est votre réaction ? ». Les politiques ne son pas sommés seulement d’agir mais ils doivent avant tout réagir, sur tout, tout le temps, sous peine d’être remplacés par un concurrent qui sera plus prompt à réagir. Il faut avoir la « réactionite » aiguë pour exister. C’est effectivement nous (les médias) qui imposons ce rythme délirant mais c’est au politique d’y résister en organisant la rareté de son propos. Encore faut-il que sa parole rare soit forte. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy on en commun (et ça depuis la campagne de 2007) d’avoir, cette avidité, de se conformer au rythme médiatique au lieu d’imposer le rythme politique. Le rythme politique est normalement plus lent. Il est celui de la maturation et de la fabrication des lois. En réalité Nicolas Sarkozy multipliant les annonces et Ségolène Royal surgissant au moindre silence de ses concurrents, bref se pliant à notre rythme, ont été bien servi, en retour par les médias mais aujourd’hui, ils en pâtissent. Pour Dominique Strauss-Kahn c’est tout "benef", il est dans l’actualité de la crise mondiale. Il est bien servi par les médias sans le moindre risque puisqu’il est là, dans le tuyau, sans avoir besoin de rien dire. « L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes comme le vent éteint les bougies et allume le feu » disait La Rochefoucauld. Les politiques de caractère ne devraient donc pas avoir peur de l’absence, ça peut même finir par les renforcer malgré les critiques. Bon je dis ça mais j’espère quand même que Martine Aubry ne va pas me prendre au mot et annuler... qu’on puisse la faire réagir à l’actualité.

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