En direct de Florange.

Florange sera sans doute le nom que l’on retiendra dans l’histoire du quinquennat de François Hollande, comme un moment de vérité politique.

Oui, nous y sommes. L’action se déroule en ce moment… François Hollande enterre l’idée de la nationalisation. Pourtant ? une grande partie du gouvernement, une grande partie de la majorité estime encore que l’Etat peut agir différemment. Arnaud Montebourg, même muselé est toujours ministre. Nous étions, en fait depuis le début de ce quinquennat, dans une ambigüité. C’est sans doute cette ambigüité qui a permis à François Hollande de devenir président mais c’est elle qui l’empêche de gouverner clairement aujourd’hui. Nous sommes exactement sur ce que Michel Rocard, le pape du parler vrai, appelait « le nœud gordien de la contradiction mitterrandienne ». L’origine de cette construction politique qui se fracasse ici même à Florange, remonte à octobre 2011. Souvenez-vous, au premier tour de la primaire socialiste François Hollande arrive en tête et la surprise de ce scrutin c’est Arnaud Montebourg avec 17% en troisième position. Arnaud Montebourg aura fait campagne sur le thème de la démondialisation, du volontarisme et de l’interventionnisme… à l’aile gauche du PS. Et François Hollande aura fait une campagne sociale-démocrate, voire sociale-libérale… sans promesses excessives, à l’autre bout, sur l’aile droite du parti.

Ce que vous voulez dire, c’est qu’ils n’auraient jamais dû s’allier ?

C’est le drame de la Vème République et de ce mode de scrutin : pour gagner, ils ont eu raison de s’allier, mais, à l’évidence, ils ne peuvent pas gouverner ensemble ! Entre les deux tours de la primaire, si la logique des programmes avait prévalu, ces deux hommes ne se seraient pas entendus. Mais c’est la logique arithmétique électorale qui aura été préférée. A eux deux, ils couvraient plus que l’arc idéologique du PS ! Ils étaient imbattables. Mais on aurait du prêter plus d’attention à la phrase qu’Arnaud Montebourg avait glissé dans son propos de ralliement : « François doit faire entrer sa cohérence dans la mienne ». Cette phrase contenait toute l’impossibilité future. Elle était logique avec le fonctionnement de la primaire mais elle était incompatible avec le principe de l’élection présidentielle. Florange était inscrit dans ce propos. Aujourd’hui la plupart des électeurs de François Hollande à la présidentielle doivent être tiraillés. Il y a l’élan d’Arnaud Montebourg, sa croisade contre la logique du monde de la finance qui correspond au ton du discours du Bourget de la campagne. Mais les électeurs ont également voté pour un homme mesuré, qui promettait surtout des efforts. Le Ying Montebourg et le Yang Hollande… Florange lève l’ambigüité. François Hollande ne croit pas à la nationalisation. Mais alors pourquoi a-t-il laissé si longtemps Arnaud Montebourg la préparer ? Pourquoi a-t-il dit, si longtemps que ça restait une option ? Ici, personne ne croyait en Mittal, le risque maintenant c’est que personne ne croit plus en l’Etat. Mercredi dernier, en plaidant pour la nationalisation dans l’hémicycle, Montebourg tentait, d’appliquer son précepte de l’entre deux tours de la primaire : « faire entrer la cohérence du président dans la sienne ». Seulement cette fois-ci, entre les deux cohérences il y a Florange et le marcher de l’acier. Ce qui était complémentaire dans la virtualité d’une campagne devient contradictoire dans la réalité économique que le président ne veut ou ne peut remettre en cause.

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