Faut-il un hommage national pour Johnny Hallyday ?

Il y en a déjà un, de fait, médiatique et populaire. Mais faut-il un hommage national institutionnel ? Ce serait la 1ère fois pour un chanteur. Pourquoi pas…

Si Johnny est un héros français, comme le dit le président, on imagine qu’à l’Elysée on y réfléchit. On parle d’un cortège funéraire qui descendrait les Champs Élysées. Mais une phrase de la député Aurore Bergé intrigue : « C'est comparable (dit-elle à propos de l’effet de la mort de Johnny sur les Français) à ce que la France avait connu pour _Victor Hugo_. C'est-à-dire qu'il y a une telle émotion qui traverse le pays, je pense que ça va être ce niveau-là » dit-elle. On a beaucoup entendu cette analogie hier. L’écrivain national est mort, le peuple est triste… le chanteur national est mort, le peuple est triste. La disparition de Johnny, comme le dit justement Le Monde, la bande-son de nos histoires, suscite une émotion, réelle et massive.

Mais une émotion impossible, dites-vous, à comparer avec celle de la mort de Victor Hugo

Je ne voudrais pas faire le rabat-joie (ou plutôt le rabat-peine) mais la tristesse des Français est d’une toute autre nature ce 22 mai 1885, quand Hugo meurt. Le peuple perd une conscience, un protecteur, celui qui aura accompagné, depuis l’exil, jusqu’à cette agonie avenue Victor Hugo (déjà ainsi nommée), son émancipation républicaine et sa marche vers la liberté. Le gouvernement d’alors prit peur, dès l’annonce du décès de l’écrivain ! Tout le monde pensait que les obsèques pouvaient être l’occasion d’une révolution, d’un nouveau 1848 ou d’une nouvelle Commune, bref d’une révolte contre cette société bien peu partageuse, en pleine révolution industrielle. Sur la fin de sa vie, Hugo (qui avait désapprouvé la Commune) avait milité –toutefois- pour l’amnistie des communards. Ses livres, en particulier les Misérables, étaient connus du peuple de Paris. Le gouvernement voulait que les obsèques soient une étape symbolique, fondatrice de la jeune république mais avait refusé que la cérémonie ait lieu un dimanche pour limiter la mobilisation des ouvriers. Il avait également tracé le parcours du cortège funéraire de façon à ce qu’il ne passe pas par le nord et l’est de la capitale -faubourgs populeux-, quartiers potentiellement insurrectionnels. 2 millions de personnes s’étaient cependant massés sur le parcours jusqu’au Panthéon. Une immense ferveur politique et patriotique entourait cet évènement. Rien à voir avec Johnny, donc. Il faut redescendre sur terre : Johnny, aussi important soit-il (et même si ses obsèques réuniront certainement des foules immenses), n’est pas à la chanson ce que Victor Hugo est à la littérature et à l’âme de la France. La mort de Johnny est une peine partagée par beaucoup de Français, elle n’est pas, loin de là, comme celle suscitée par la mort de Hugo, constitutive de notre identité. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les peines nationales mais simplement, dans le tourbillon des émotions et de leurs traductions médiatiques d’aujourd’hui, d’éviter des analogies hasardeuses et les erreurs d’appréciation s’agissant du sens d’un évènement.

Sur ce sujet on peut Lire Victor Hugo est mort, de Judith Perrignon, Editions L’iconoclaste.

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