Comment situer politiquement les Gilets jaunes ?

C’est compliqué parce qu’eux-mêmes refusent de se définir. Il s’agit d’une population qui prend la parole parce qu’aucun parti ne semble (à leurs yeux) sensible à leurs préoccupations. Mais ce mouvement, au fil des jours, sans avoir tous les canons de la gauche, loin de là, en a les aspirations de base : justice fiscale et lutte contre les inégalités. De ce point de vue, le mouvement des Gilets jaunes penche donc plutôt à gauche. C’est d’ailleurs certainement une grande déception pour Laurent Wauquiez qui mène une guerre culturelle, conservatrice. Il espérait, dans les premiers jours, que nous avions à faire à la fameuse ‘majorité silencieuse’ qui se réveillerait et validerait pacifiquement l’idée que la majorité culturelle est désormais, en France, à l’image de ce qu’elle est dans de nombreux pays européens, à droite… ou tout du moins du côté du conservatisme identitaire. Mais non... c’est plus compliqué. Ce concept de ‘majorité silencieuse’ est bien pratique… comme elle est silencieuse, chacun lui faisait dire ce qui l’arrange… et Laurent Wauquiez y mettait beaucoup plus de préoccupations identitaires que sociales. Pas de chances, voilà que la majorité silencieuse veut le retour de l’ISF complet, l’augmentation du Smic et brûle des voitures dans les quartiers chics de la capitale. Et puis… L’ordre, valeur de base de la droite, n’est plus respecté, Laurent Wauquiez ne peut plus suivre!

C’est donc La France Insoumise qui doit être satisfaite.

Et bien pour l’instant, ce mouvement peut donner le sentiment de valider, en partie, l’intuition mélanchoniste selon laquelle la France populaire serait plus socialement fâchée que foncièrement facho ! On trouve, dans le fatras des revendications des gilets jaunes, en matière  sociale et aussi à propos de la démocratie directe, quelques points communs avec ce que propose, de façon plus structurée bien sûr, LFI. Mais Marine le Pen aussi peut prétendre à récupérer les fruits d’un mouvement dont les protagonistes n’ont aucun surmoi de gauche et ne semble pas plus rebutés par l’extrême droite que par n’importe quel autre parti. La propension des Gilets jaunes à simplifier tous les enjeux et tous les problèmes, leur hallucinante porosité au complotisme d’extrême droite, leur pratique de la vindicte envers les élites, plaide pour des accointances évidentes avec le RN. D’autant que la quasi-totalité des militants de ce parti, plus tous ceux des groupuscules identitaires, ont intégré activement les gilets jaunes, ce qui paraît loin d’être le cas pour les Insoumis. La convergence RN/LFI comme offre politique à l’italienne est absolument inenvisageable, pour des raisons évidentes, historiques et de valeurs profondes. Les militants Insoumis, en particulier, restent très majoritairement tout à fait hostiles l’extrême droite. Les  Gilets jaunes, en revanche, eux, n’ont pas cette structuration politique… Ils sont en train de réaliser la convergence fâchés/fachos sur le terrain. Mais attention, si demain il y a une explosion de violence, le LFI et le RN ne pourront plus décemment soutenir le mouvement. Ils ne pourront peut-être même plus espérer en être les bénéficiaires indirects…

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