Pourquoi aucune manifestation ne peut plus, désormais, se dérouler sans violence ?

Une banque est saccagée par des casseurs lors de la manifestation contre la proposition de loi "Sécurite globale" à Paris, le 5 Décembre 2020
Une banque est saccagée par des casseurs lors de la manifestation contre la proposition de loi "Sécurite globale" à Paris, le 5 Décembre 2020 © AFP / Virginie Merle / Hans Lucas

Cette violence est une mécanique à plusieurs rouages : une extrême-gauche groupusculaire (à l’agilité démultipliée par les messageries cryptées) qui théorise l’insurrection et la provoque en tablant sur la faiblesse des services d’ordre syndicaux. 

La CGT, depuis 1995 s’est désarrimée du PCF déclinant… Son carcan stalinien d’avant était facteur d’ordre (parfois de grandes violences mais pas systématiques)… Aujourd’hui, une police mal adaptée, d’aspect effrayante à la doctrine obsolète, un pouvoir qui se laisse enfermer dans la logique brutale des syndicats de police, contribuent à faire de la manifestation un champ de bataille plus qu’un lieu d’expression populaire. 

Parfois la violence et la bêtise des casseurs est trop manifeste et brise le mouvement en cours (c’est peut-être le cas pour la loi Sécurité Globale)… Parfois trop de violences policières booste la mobilisation. Et parfois (c’est comme ça), la violence paie : Elle fait débourser le gouvernement, renoncer à la taxe sur le carburant, aux 80 km/h généralisés ou à Notre-Dame des Landes. 

Des casseurs stratèges, une police dépassée.   

Il faut ajouter un troisième rouage à la mécanique de la violence : l’info-continue et les réseaux sociaux

Oui, le tout-info, normalement, rapporte / décrit un évènement. Dans le cas d’une manif, il en change la nature par l’usage qu’en font les autorités. 

A l’Elysée, dans tous les ministères, conseillers et ministres, ont en permanence, dans leur bureau, les chaines d’infos allumées, sans le son. Mais les images sont là. C’est leur fenêtre sur la France. Ou plutôt sur ce qu’ils pensent que les Français voient de la France. Quand une poubelle, une voiture brûle, qu’une vitrine est éventrée (même si le reporter précise bien que c’est marginal, quand ça l’est encore)… les images sont là, en boucle démultiplicatrices

L’Elysée, effrayé par leur effet potentiel sur l’opinion, appelle Matignon pour que ça cesse, Matignon ou l’Intérieur appellent le préfet pour que ça cesse. Celui-ci intime d’ordre aux policiers sur place que ça cesse ! 

Autrefois le commandant des CRS sur le terrain évaluait, par lui-même (et en fonction des consignes qui lui avait été données) la nécessité d’une intervention plus ou moins musclée, au contact ou non. Risquait-t-elle par elle-même (et à ce moment précis) de créer un trouble à l’ordre public plus important que celui qui se déroulait devant ses yeux ? 

Il y avait même une sorte de tolérance relative au foutoir, à la casse, dans un premier temps. Une répression à contretemps, parfois précipitée, pour changer une image, peut être contreproductive à tout point de vue. L’intelligence opérationnelle, laissée aux chefs de terrain est anéantie par l’effet des images sur les chefs politiques. 

Les casseurs ne sont (relativement) suivis ou tolérés par les autres manifestants, que dans la mesure ou la police est aussi, et sans discernement, violente et expéditive. Cette mécanique globale de la violence ne peut être brisée (comme chez nos voisins européens) que par une impulsion de désescalade… et celle-ci ne peut venir que d’en haut. 

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