Ambiance électrique hier soir à Paris, pour le meeting de Ségolène Royal. 6 à 7 000 militants venus soutenir leur candidate en difficulté à la Halle Carpentier. Tout un symbole cette salle de boxe ! Soutien militant, soutien des éléphants... Ségolène Royal entame la phase délicate de la reconquête avec un retour aux figures classiques. "Je règle mon pas sur le pas de mon père " - au moins son père en politique, François Mitterrand. Et c'est exactement ce que Ségolène Royal a fait hier soir. Derrière la mise en accusation "des conglomérats de la finance, des médias, et des profits rapaces", on pouvait entendre "les puissances de l'argent, l'argent qui corrompt, l'argent qui écrase" lancé par Mitterrand au congrès d'Epinay en juin 1971. Derrière la mise en accusation "d'une droite qui divise, qui sépare, qui veut le pouvoir par héritage et non pas par suffrage"... on pouvait entendre la diatribre contre "les clans, les bandes qui exercent leur domination sur le pays " lancé par Mitterrand en mars 88, pour sa déclaration de candidature. Ségolène Royal est donc revenue hier soir aux fondamentaux. Pour gagner, il faut d'abord rassembler son camp le galvaniser et l'entrainer derrière la bannière du peuple contre la monarchie, même républicaine, des sans grade contre les élites, des sans voix contre le tam tam des médias. Une stratégie de reconquête lancée aux Antilles, il y a 10 jours alors que la candidate vient d'essuyer 15 jours de cauchemar - fiscalité, ISF, colle sur les sous marins nucléaires, canular téléphonique sur le Québec. Pour la première fois, à Fort-de-France, elle s'en prend violemment au ministre de l'intérieur. Puis c'est Grenoble, la semaine dernière et la révolte contre des médias, qui pourtant l'ont porté aux nues, et qu'elle accuse aujourd'hui d'être à la botte du pouvoir. Point d'orgue hier soir, avec un rappel à l'histoire, plaçant la droite d'aujourd'hui dans la lignée de celle qui fit le procès de Léon Blum. Message très clair : la gauche n'acceptera pas la récuparation de Jaurès et Blum par Nicolas Sarkozy. Un discours très dur qui a fait mouche dans une salle ou finalement, le plus important pour les militants étaient de faire masse, de faire bloc autour de leur candidate. Hier soir, ça sentait la poudre d'une fin de campagne alors que nous sommes encore à 74 jours du 1er tour. Si le moral des troupes remonte, Ségolène Royal n’est pas encore sortie de la zone de turbulences Et l'opinion le dit sondages après sondages. Il faut d'abord qu'elle réussisse sa prestation dimanche, qu'elle parvienne à marier le classique et l'audace, des propositions claires, de gauche et ce qui fait la marque de fabrique Royal, la synthèse des 6000 débats participatifs, l'articulation n'est pas simple. Tout dépendra aussi de la cohésion du parti socialiste. Chacun fait des pas depuis une semaine. Laurent Fabius et Ségolène Royal se sont vus longuement hier matin. DSK était là hier soir. Tous les jospinistes, à part Lionel Jospin lui même, sont au travail. Mais on sent bien que si les portes s'ouvrent un peu , il y a encore des résistances. Elles devront disparaitre si le PS veut assurer correctement la phase la plus délicate de ce deuxième acte de campagne : le service après vente du projet présidentiel de la candidate. Et pour le moment, le parti n'en est encore qu'à la répétition générale. Une chronique de Françoise Degois.

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