Hier François Fillon a apporté son soutien au professeur qui, pour avoir donné une claque à un élève, a passé 24 heures en garde à vue et sera jugé fin mars pour "violence aggravée sur mineur". Condamnation unanime dans le monde enseignant et politique. Un besoin absolu et revendiqué d'autorité, que ne viennent plus troubler de vieilles postures post-soixantuitardes libertaires, comme dirait un président qui rêve de liquider tout cela. Oui, voilà ce qu'inspirent les réactions unanimes des politiques dans l'affaire de cette "claque". Pendant très longtemps, ça se passait dans l'école de Jules Ferry, la règle en fer et les coups sur les doigts servaient de méthode d'enseignement à des instituteurs soucieux d'apprendre à des petits bretons, basques ou occitans, l'usage et les trésors de la langue française. Il y avait dans la classe, le Maitre et l'élève. Plus récemment, l'enfant devient une personne, une personne avec des droits, dont il faut respecter l'intégrité physique, sauf à devenir son bourreau. Il est alors souvent "interdit d'interdire", il n'est plus question surtout de toucher à un cheveu d'enfant. Et puis il y a la gifle de cet enseignant d'un collège du Nord. Une claque malheureuse reconnaît immédiatement le prof, qu'il aurait infligé à un élève qui l'aurait traité de "connard". Une claque qui conduit à une sanction policière et judiciaire disproportionnée, garde à vue et comparution devant la justice. Est-ce bien raisonnable ? Mais surtout qui est la victime ? De l'élève injurieux ou du prof gifleur ? Aujourd'hui, tout le monde prend à nouveau la défense du prof. Oscillation du balancier. Les enseignants soutiennent leur collègue, et profitent de l'incident pour pointer le malaise et la dureté de leur profession. Les politiques eux réaffirment le principe d'autorité. Il faut dire que l'autorité, électoralement, ça marche depuis quelques années. En 2002, souvenez-vous des bienfaits de la taloche infligée par François Bayrou à un gamin qui tentait subrepticement de lui faire les poches. Cette taloche filmée, fera bondir d'un coup dans les urnes, le candidat en basses eaux électorales. En 2007, quand Ségolène Royal lance l'idée de "centre d'éducation fermé", pourquoi pas encadré par des militaires, elle trouble, un peu son camp, elle enthousiasme, beaucoup l'opinion publique, convaincue que la gauche en a fini avec son angélisme. La victoire de Nicolas Sarkozy est aussi la victoire de la figure d'autorité. Celle du chef, qui promet d'infliger une juste mais sévère punition à tous ceux qui contreviennent à la loi. Reste que parfois, dans ce monde où de fait, le principe d'autorité est souvent dilué, voire bafoué, les politiques ne montrent pas toujours l'exemple et confondent allègrement autorité et fausse virilité. Images de Nicolas Sarkozy au Guilvinec en novembre dernier, provoquant un pêcheur en colère "toi, si t'as quelque chose à me dire, t'as qu'à descendre" lui lance le président en se poussant du col, ou encore cet épisode inédit à l'assemblée nationale, où l'on voit un Bernard Laporte sur les bancs du gouvernement rétorquer à des socialistes qui lui crient "voyou, casino" "ça...tu viens me le dire à la sortie", comme on disait en maternelle "toi, tare ta gueule à la récré". Ces images troublantes où il n'est plus question d'autorité, mais plutôt d'hormones et de loi de la jungle, montrent à quel point il en faut peu pour que même dans le monde politique, la discussion tourne parfois à la bagarre générale comme dans le village d'Astérix. Il en faut peu pour que plus rapidement encore qu'un prof en difficulté ou qu'un élève désocialisé, nos éminents représentants entrent dans l'ère de la torgnole généralisée, de la claque gratuite et de la gifle facile.

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