**Ce matin, vous revenez sur le projet présidentiel de Maison de l’histoire de France qui n’est plus que l’ombre de lui-même.Oui, la Maison de l’histoire, c’est ce grand projet qui visait à faire un musée dans lequel, au départ, devait s’exprimer ce que l’on appelle le roman national. C’était un projet qui, comme pour beaucoup de projets du Président, ne ressemblera à la fin en rien à ce qui était prévu au départ parce que, comme beaucoup de projets de l’ère Sarkozy, il a été élaboré plus pour être annoncé que pour être réalisé. Donc au départ, l’objectif était de donner une vision historique de notre pays, une vision chronologique, événementielle, une sorte de galerie de l’évolution de l’identité nationale... Le président avait d’ailleurs lancé le projet en faisant référence à ce concept d’identité nationale. C’était une composante d’un débat qui, rappelons-le, était animé par Eric Besson, le ministre (à l’époque) en charge de l’immigration et de l’identité nationale. Jean-François Hebert, le haut-fonctionnaire chargé de monter cette Maison de l’histoire de France est un ancien secrétaire général du ministère de la défense, il a une vison très « roman national » de l’histoire, très « histoire officielle ». Cette vision conservatrice, pour ne pas dire réactionnaire voulait contrebalancer des années de domination d’une autre vision qui avait gagné le débat public, dans laquelle dominait l’idée de repentance, de reconnaissance des souffrances catégorielles, parfois communautaires. Une vision souvent accusatrice de la France par laquelle l’exigence, bien compréhensible de mémoire (l’esclavage, la répression, la Shoah) se confrontait à l’histoire, elle-même. Et c’est vrai que la concurrence entre la mémoire et l’histoire empêchait toute approche sereine de l’histoire de France. Vouloir marquer un coup d’arrêt à cette culture de la repentance en proposant un musée, une lecture venue d’en haut, ça ne pouvait raisonner que comme une sorte de reprise en main de l’histoire par les politiques au détriment des universitaires. Et donc, le monde universitaire s’était mobilisé contre ce projet de Maison de l’histoire...Oui une forte mobilisation de quasiment tout ce que l’histoire compte de pontes et de chercheurs. Les historiens qui, ces dernières décennies, avaient, c’est vrai, dépoussiéré la pratique de l’histoire. On s’était intéressé à autre chose qu’aux batailles, aux aléas politiques, aux conquêtes et aux glorieux faits d’armes de nos héros. Les controverses, par exemple, sur l’ampleur de la collaboration ou de la résistance ont montré, depuis les années 80, que l’histoire ne peut pas être un roman, qu’elle ne peut surtout pas être officielle. En fait l’histoire est un éternel débat. Et un débat ne peut pas entrer dans un musée. Donc pour ne pas exploser en vol, ce projet a évolué. L’historien Jean-Pierre Rioux, qui dirige le conseil scientifique de la Maison de l’histoire a transformé opportunément ce qui devait être le lieu de l’histoire officielle en un lieu de débat historique. Il y aura des expositions thématiques, des conférences mais aucune vision imposée, aucun roman national ne pourra se dégager. Finalement, comme pour la lecture obligatoire de la lettre de Guy Moquet à l’école, comme pour l’adoption par chaque classe de CM2 de la mémoire d’un enfant de la shoah, le projet de musée de l’histoire de France ne verra pas le jour en tant que tel. Au fond peu importe, le président n’avait pas vraiment d’idée précise, il sait que l’histoire est populaire, que c’est une passion française. Et même si la Maison de l’histoire n’a rien à voir avec ce qui était prévu au départ, Nicolas Sarkozy pourra cocher la case « promesse tenue » (à 70 millions d’euros quand même...) sur un intitulé, même vidé de son sens.**

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