Et l’on reparle de la fameuse banalisation du FN !

Oui il y a un nouveau sondage de la SOFRES qui suscite des titres automatiques selon lesquels de plus en plus de Français adhèrent aux idées du Front National. Mais on confond l’image du FN et ses idées Cette confusion n’est pas due aux sondeurs mais à nos commentaires pavloviens. Un tiers des Français donc, se dit en accord avec les idées du FN. 32% aujourd’hui au lieu de 11% en 2000. Dit comme ça, c’est impressionnant mais quand on y regarde de plus près, nous sommes simplement victimes du syndrome du train d’à côté ! Vous savez quand on est installé dans le train à l’arrêt, à la gare et que le train d’à côté démarre, on a, l’espace de quelques secondes, l’impression que c’est nous qui partons dans l’autre sens. Avec le FN c’est pareil ! En fait, c’est lui qui bouge ! On est donc passé de 11% à 32% entre 2000 et 2013, essentiellement parce que le FN a changé son image, son discours et même beaucoup de ses idées (alors sincèrement ou pas, ça c’est une autre histoire). Le FN s’est recentré et surtout son identité politique est de plus en plus liée à ses positions économiques et sociales et moins à ses positions sur l’immigration et sur les questions sociétales. Voyez l’absence totale de Marine Le Pen sur le débat concernant le mariage homosexuel par exemple. Sur la question des étrangers, comme on le soulignait déjà la semaine dernière, pour une autre enquête, Marine Le Pen cible les musulmans, beaucoup moins explicitement que les étrangers. Or la crainte des excès d’une religion ne peut pas être assimilée, dans sa totalité, à la xénophobie mais peut tout aussi bien correspondre, pour toute une partie de la population, à un attachement très fort à la laïcité et aux valeurs de la République qui ne sont pas exactement les valeurs traditionnelles de l’extrême droite.

Vous dites que si on les prend point par point, les idées du FN ne progressent pas ?

Et même, sur le long terme elles régressent. J’ai pris l’année 2000 en référence parce que c’est l’année la plus basse en terme de proximité revendiquée des Français avec le FN. Le niveau d’adhésion global aux idées du FN était donc de 11% (contre 32 aujourd’hui) et pourtant point par point, voilà ce que ça donne : en 2000, 59% des Français trouvaient qu’il y avait trop d’étrangers en France. Il n’y en a plus que 54%. En 2000, 47% des Français disaient qu’on ne « se sent plus vraiment chez soi en France ». C’était descendu à 37% en 2010, c’est remonté à 44% en 2012, à la faveur du sinistre débat sur l’identité nationale, mais c’est redescendu à 43 % cette année c’est à dire 4 points de moins qu’en 2000. La question de la suppression de l’euro n’est posée par la Sofres (et donc liée à l’identité du FN) que depuis 2010. Il fallait supprimer l’euro pour 34% des Français en 2010, aujourd’hui seulement pour 29%. Autre nouvelle question posée depuis 2009 seulement : « accorde-t-on trop de droits à l’islam et aux musulmans en France ? » Là, bien sûr ça monte : 43% en 2009 et 54% aujourd’hui. Mais encore une fois, qui peut dire que c’est du renfermement identitaire alors que l’islam radical semble gagner en influence ? Tout se passe, en fait, comme si notre tolérance au racisme baissait plus vite que le racisme lui-même ! D’où cette fameuse illusion d’optique. D’ailleurs, l’UMP, obnubilée par le FN, et qui n’en finit pas de se chercher idéologiquement depuis la défaite de mai dernier, est la première victime du syndrome du train d’à côté…

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