La république universaliste veut, dans sa logique, qu’il n’y ait qu’un seul peuple, le peuple français, composé d’individus libres et égaux en droits.

Des individus et un peuple, c’est le moyen qu’ont trouvé les révolutionnaires de 89 pour permettre l’émancipation individuelle, de sa religion, de sa baronnie, de sa province. C’est en vertu de cette logique que l’on fustige, par exemple, le communautarisme, l’une de ses sous-divisions, inadmissibles en république, qui contredit l’individualisme positif issu des Lumières. C’est pour cela que le président disait hier que les concessions aux nationalistes corses ne peuvent s’envisager que dans «le giron de la République». Ce qui est un peu compliqué (nous serons fixés ce soir), c’est qu’on ne connait pas bien la conception macronienne de la république : girondine, décentralisatrice, comme il le revendique souvent, ou jacobine, centralisatrice, comme il le pratique plutôt depuis son élection ? La République ne reconnait donc pas d’autres peuples que le sien, mais l’article 72 alinéa 3 de la constitution dit que : « La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité. »

Donc, la constitution ne reconnait pas des peuples mais reconnait des populations

Oui… c’est subtil… c’est une façon de reconnaitre la spécificité de certains territoires de l’autre bout du monde, sans remettre en cause la notion de peuple français. La suite de cet alinéa de l’article 72 fait la liste des territoires concernés : des Antilles à la Polynésie, en passant par Saint-Pierre et Miquelon… mais aussi les terres australes, antarctiques et Clipperton (le cas de la nouvelle Calédonie est régi par un autre article). Les nationalistes corses voudraient que la Corse figure dans cette liste. C’est l’une des revendications qui pourrait être acceptée par le président mais dans quel alinéa, pour quelles conséquences ? La difficulté, c’est que les indépendantistes (dans toutes leurs composantes) considèrent que chaque étape conquise vers plus d’autonomie n’est qu’un pas vers la séparation. Ils estiment qu’il y a non pas juste une culture corse (que l’Etat reconnait bien volontiers et de plus en plus), mais un peuple corse. Ils se placent donc en dehors des clous symboliques de la république, dans une dimension forcément ethnique, inconciliable avec l’universalisme républicain. C’est en vertu de la logique républicaine qu’il ne serait, par exemple, pas possible de faire un référendum d’auto-détermination des Corses, parce qu’il faudrait déterminer qui sont les Corses… ceux qui habitent en Corse, ceux qui se disent Corses, même sur le continent ?  Nous entrerions dans une logique totalement contraire à la république… ou alors, comme pour la Nouvelle Calédonie, dans un processus, dit de «décolonisation», ce qui, vu la situation géographique et historique de l’île, est tout à fait hors de propos ! Entre les nationalistes corses et l’Etat Français, voilà ce qui rend les rapports si difficiles : ce n’est pas une confrontation entre 2 nationalismes mais bien l’opposition de 2 conceptions philosophiques de la nation…

   

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