Un sondage Ispos pour Conspiracy Watch fait un état des lieux des théories du complot.

Selon une étude du MIT, publiée par Science, les fakenews circuleraient 6 fois plus vite que les infos
Selon une étude du MIT, publiée par Science, les fakenews circuleraient 6 fois plus vite que les infos © Getty / Omar Marques/SOPA Images/LightRocket

Oui, cette étude édifiante montre par exemple que 27% des Français croient que les Illuminatis cherchent à manipuler la population, que 19% estiment que la CIA contrôle le trafic de drogue mondial. 

Pour tenter de lutter contre les "fake news", la presse multiplie les fact-cheking, les articles de certification de l’info. Un travail essentiel et pourtant relativement inefficace, qui demande des moyens et du temps, dont la presse dispose de moins en moins. La revue Science a publié, l’année dernière, une étude du MIT qui, en retraçant le trafic sur Internet de 126 000 informations (la moitié fausse, l’autre moitié vraie), a montré que les fausses informations circulent 6 fois plus vite que les vraies. La force intrinsèque d’une fausse info, c’est sa simplicité et son caractère spectaculaire. La peur, le dégoût, la surprise sont les 1ers carburants générateurs de clics. Mais le moteur, c’est l’enfermement algorithmique qui abreuve les internautes de contenus semblables. Chaque fausse nouvelle se trouve ainsi renforcée par une armée d’arguments. Ce mécanisme change le statut de la connaissance et de l’expertise. 

Comment ?

Il y avait avant la connaissance et l’ignorance…

Et entre les deux un dégradé sur lequel chacun savait à peu près se situer. Moi, je sais que je suis à 0 sur l’histoire précolombienne, 8 sur l’histoire de la Vème République et 10 sur la recette de la blanquette de veau. Aujourd’hui, avec la suralimentation algorithmique et l’équivalence formelle de l’expression des vrais savoirs et des savoir simulés sur Internet, il y a la connaissance d’un côté et l’illusion de la connaissance de l’autre, je peux me croire un crac sur le précolombien après quelques clics. L’illusion de la connaissance, c’est la fin de la reconnaissance et du respect de l’expertise… Et c’est là que la démocratie, basée sur le choix éclairé, se détruit elle-même puisqu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans un minimum de consensus sur le réel et de confiance dans l’expertise. Les fabriques de fake-news, souvent hébergées en Europe de l’Est, agissent autant pour des raisons mercantiles que politiques. Les fake-news étant génératrices de clics en masse, la publicité les inonde et enrichit les sites conspirationnistes qui prospèrent ainsi. A tel point que certaines grandes compagnies font maintenant, pour ne pas compromettre leur image, du brand-savety, c’est-à-dire qu’elles tentent de repérer les sites pourris, déverseurs de fausses nouvelles, pour éviter d’y acheter de la publicité. Mais d’autres entreprises, au contraire, profitent de la manne que constitue l’audience massive et crédule de ces sites. Ils enrichissent ainsi les fabricants de fake-news, pendant que les leaders populistes les crédibilisent à force de dénoncer à tout propos la presse dite mainstream et les technocrates (c’est-à-dire les experts).

L’enjeu de la reconquête de la vérité sur le mensonge, le voilà : comment la puissance publique peut-elle contraindre les hébergeurs à faire en sorte que les algorithmes cessent mécaniquement de pousser le mensonge et comment faire pour que, sur Internet, la vérité devienne plus rentable que le mensonge ? Faudrait-il encore que ces sujets soient au centre de nos débats politiques.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.